Scénario : Bahareh Akrami
Dessin : Bahareh Akrami
Éditeur :Steinkis
Date de sortie : 2 novembre 2023
320 pages
Genre : Compte-rendu de procès
» 2 syllabes, que 69 enfants ne prononceront plus jamais. 47 ne diront plus jamais Papa, 20 ne diront plus jamais Maman. Et deux ne diront plus jamais ni Papa ni Maman. »
Présentation de l’éditeur
Septembre 2021, le procès des attentats du 13 novembre 2015 débute à Paris. Bahareh, qui était au Carillon ce soir-là, décide de se constituer partie civile et de suivre le procès au jour le jour.
De cette expérience judiciaire très médiatisée, elle en ressort des petites chroniques quotidiennes dessinées, où elle fait se croiser humour et esprit critique. Chaque jour, elle retrace les faits, nous raconte les témoignages, ne se gêne pas pour contrer les propos des accusés et met en valeur le travail des avocats, tous partis confondus.
À chaque billet, elle ajoute sa touche personnelle en mêlant ironie et compassion, anecdotes lourdes de sens et références de pop culture. De fait, elle ouvre au public les portes d’un procès hors norme et rend ainsi accessible un sujet lourd et complexe.

Mon avis:
Voilà une lecture bien inhabituelle. L’ouvrage de Bahareh est dense, complet et très bien documenté. Elle évoque sa participation au procès des attentats du 13 novembre en tant que partie civile. Elle a partagé son compte-rendu d’audience quotidien sur Twitter (ce n’était pas encore X en 2021) et Instagram. J’avais lu celui de Riss au sujet du procès Papon, publié par Charlie Hebdo qui m’avait marqué mais m’avait semblé assez complexe.
Lorsqu’on feuillette rapidement ce volumineux album, ce qui saute aux yeux c’est la place importante du texte, manuscrit, qui retrace la chronologie du procès, retranscrit les propos des acteurs de celui-ci et délivre les commentaires de Bahareh Akrami. On trouve finalement peu de dessins, beaucoup de portraits, quelques illustrations, des photos et une petite mascotte, voix intérieure garde-fou, un Jiminy Cricket représenté sous la forme d’un oiseau rigolo. Le style narratif est rythmé et l’exercice n’est pour le coup vraiment pas simple. L’auteure se veut la plus objective possible tout en mettant en avant les contraintes de l’exercice : impossible par exemple de tout voir et de tout entendre car ce procès est très long, ce, malgré la mise à disposition d’une web-radio. Oui mais voilà, Bahareh Akrami a aussi un boulot, une vie…elle évoque simplement et sincèrement comment ELLE a vécu ce procès, avec un style mêlant sérieux, humour, auto-dérision et envie de comprendre. Le style est efficace, son utilisation du langage de la street participant à rendre l’ensemble accessible et digeste. Car oui la lecture d’On aurait aimé savoir est longue, malgré un découpage et un rythme dynamiques, et le sujet est grave.
C’est dans ce juste équilibre entre drame et humour, légèreté et tragique, références pop et pédagogie que la scénariste-dessinatrice montre tout son talent. Le bouquin permet de comprendre. Le titre évoque d’ailleurs cette volonté absolue de connaissance de « la vérité », car certains accusés se murent dans le silence, d’autres ne sont pas là pour témoigner créant dans l’auditoire une frustration que Bahareh Akrami exprime elle-même, parmi bien d’autres émotions. Et c’est finalement cette expression personnelle, cette subjectivité partagée qui est touchante et qui rend accessible cette lecture. Au-delà de ce qu’elle nous éclaire sur le fonctionnement d’une cour d’assises, cette lecture nous rappelle que cette quête de vérité et de justice est nécessaire pour les victimes, les accusés mais aussi notre société.
![]() | ![]() | ![]() |
Petitgolem13




Personnellement je me suis toujours posé la question de pourquoi chercher à comprendre; comprendre quoi ? pourquoi ces tarés ont fait ça ? à quoi bon ? cela ne ramène pas les morts et je ne pense pas que cela apporte un quelconque reconfort aux vivants et survivants. Sinon un album poignant et une chronique très belle, merci.
Je suis assez d’accord, il n’y a pas grand chose à comprendre en dehors du fait que ce sont des abrutis fanatiques conditionnés par le mauvais côté des religions extrémistes.
L’important est bien sûr qu’ils payent le prix fort pour ces horreurs et une grosse pensée aux victimes et leurs familles.
Belle chronique.