Scénario : Sandra NDiaye & Frédéric Debomy
Dessin : Benjamin Adès
Éditeur : Delcourt/Encrages
Date de sortie : 23 août 2023
96 pages
Genre : Non-fiction
« J’ai parfois le sentiment qu’ils craignent d’être oubliés dans leur cellule, ont-ils peur d’oublier leur nom, d’oublier eux-mêmes qui ils sont ? »
Présentation de l’éditeur
Qu’est-ce que la société fait de ceux qui ne se conforment pas à ses règles ? Elle les enferme. Mais la prison est-elle un en-dehors de la société ou un espace qui la révèle ?
Après plusieurs projets à destination des personnes détenues, Sandra Ndiaye décide de travailler au quotidien dans une maison d’arrêt. L’espace d’un an elle y organise des ateliers artistiques et culturels. Mais son action est fragile car elle dépend de la qualité des relations humaines, rapports rendus difficiles au sein d’une institution dont le rôle semble devoir se limiter à celui de punir.

Mon avis:
J’ai eu rapidement le sentiment que Sandra NDiaye témoignait, à travers le partage de son expérience en tant qu’animatrice d’ateliers artistiques et culturels dans une prison, d’un désir personnel d' »autre chose », d’une recherche évidente d’identité. Elle l’exprime d’ailleurs, comme un postulat de départ qui a motivé son choix : « Malgré mon éducation un peu bourgeoise, mes références de Khâgneuse, mes amies bon teint et mon parcours sans faute, je me suis toujours sentie illégitime ».
L’écriture à deux mains, du scénario est réalisée avec Frédéric Debomy, qui apporte son expérience en matière de traitement de sujets documentaires et engagés.
Le témoignage se veut très humaniste, dépourvu de tout artifice misérabiliste ou sensationnaliste. On rentre dans cette maison d’arrêt avec Sandra, on la suit dans son quotidien. Un interlude de sept pages prend d’ailleurs le temps de l’accompagner dans ces longues circulations dans les couloirs, devant attendre avec elle l’ouverture et la fermeture de dizaines de portes.
Le temps. C’est aussi de ça dont il est question. Le temps qui passe n’est plus le même à l’intérieur de la prison. La maison d’arrêt dans sa définition la plus brute, renvoie à ces existences qui sont suspendues le temps de leur emprisonnement. Les portraits des détenus se succèdent tout comme leurs quotidiens, leurs passés , leurs espoirs et leurs peurs. L’écriture est soignée et compense une patte graphique qui m’est apparue comme un peu impersonnelle, les personnages manquant d’expression. La froideur des lieux et de l’ambiance est elle au contraire bien mise en image et rappelle constamment que des ateliers culturels ne peuvent pas à eux seuls changer un monde carcéral qui écrase les personnes.
Le constat sur le système carcéral et la critique de celui-ci sont au cœur du propos. La réflexion prend un peu de hauteur en toute fin d’album. Il est question de moyens, de personnels pénitentiaires et de politique. L’échange avec la directrice est sans appel : « Si la maison d’arrêt ne brûle pas, c’est grâce aux détenus » est suivi d’un « On enferme. C’est un état d’esprit ». Glaçant.
A l’Arrêt est un album efficace, authentique et bien documenté. En se concentrant sur les individus, il renvoie aux limites d’un système et réussit à susciter un questionnement nécessaire.
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Petitgolem13




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