Scénariste : Don Watters
Dessinateur : Jon Davis-Hunt
Editeur : Les Humanoïdes Associés
Genre : Science-fiction
Sortie : le 2 novembre 2023
Avis de l’éditeur :
À bord de son vaisseau pirate, entouré des fantômes de son équipage disparu, le capitaine Kaïmann cherche à se délivrer de la malédiction qui le transforme lentement en reptile. Alors qu’il parcourt l’univers à la recherche d’un remède contre sa mutation, il trouve l’amour auprès de la mystérieuse Aurora, une femme toute droit venue d’un futur condamné à une destruction quasi-certaine.
Mon avis :
L’univers de l’Incal revient sous les feux de la rampe avec un titre tout aussi déjanté que ses prédécesseurs. Le vaisseau de l’espace « L’étoile mourante » flotte dans le grand infini avec à son bord le Capitaine Kaimann, fils du Roi et de la Reine de Petro, et son équipage rempli de fantômes avec qui il peut dialoguer sans retenue.
Des morts-vivants bien utiles l’aidant à prendre possession du vaisseau de croisière Archello avec à son bord de richissimes aristocrates, ayant pour mot d’ordre, une vengeance au nom des milliers de pirates exterminés. Le véritable trésor se nomme « La Rosa Reptornilia », une fleur étroitement liée à sa condition dégénérative d’homme lézard. Un poison mortel qui bénéfice également de propriétés antimutagènes, si la mort ne l’emporte pas avant…
Poursuivant sa quête cosmique face à l’homme reptile qui se forge en lui, bercé par l’amour d’une femme, Aurora, venue du futur : le capitaine Kaimann devra se montrer vigilant sur touts les fronts, devenu la cible du noble Teerog, le maître guerrier du planétoïde cité nation-petro.
L’univers de l’Incal porte son attention sur un protagoniste essentiel de son catalogue, le capitaine Kaimann, en proie à de terribles désillusions, seul souverain de son navire, bien qu’aidé par une clique d’hommes de main sous l’aspect de spectres hologrammes, fidèles à leur chef, mais dépendants des batteries du vaisseau. Ce héros maudit tente l’impossible pour atténuer les effets désastreux de sa mutation, le rongeant et le transformant peu à peu en lézard à la peau rocailleuse.
Ceci suffit amplement à saisir l’impact scénaristique mis en place. Point d’entrée en matière, le lecteur se retrouve propulsé de suite vers un récital délirant dans lequel les agissements barbares, cosmiques, célestes, amoureux et psychédéliques suintent à chaque page.

Et les autres figurants ne demeurent pas sur la touche pour autant. Citons par exemple le roi Teerog, à la barbe hirsute et au regard d’animal traqué, tout aussi fou et dangereux que son antagoniste, pris à partie dans une spirale troublante, bien décidé à punir l’affront subi par sa sœur. Et puis bien sûr, la figure féminine de l’ouvrage, en la personne d’Aurora, vêtue d’une capuche blanche comme les membres de son clergé, ou dévoilant sa crête mauve au sommet de son crâne rasé, également en proie aux doutes, troublée par les souvenirs de ses voyages de l’espace-temps.
Nous nous attarderons de même sur ces deux créatures aquatiques, les deux survivantes d’une race immémoriale à l’apparence d’un éléphant de mer écrasé et aux nageoires pendantes. Enfin, l’instrument de Kaimann, un paléo-violon provenant des confins de l’univers, capables de franchir les mondes parallèles pour réunir d’anciens amants dès les premières notes exécutées.
Vous l’aurez donc compris, la trame véhiculée par Dan Watter vaut son pesant d’or, agrémenté par de solides dialogues faisant office à chaque page. Venons-en au style graphique, quelque peu plus délicat.
Loin d’être anodin, par un trait précis bien que familier, on aurait pu prétendre à un type de dessins plus grandiloquent, venant d’une série comme l’Incal. Ce genre artistique proposé conviendrait nettement mieux à de l’Héroic-Fantasy, mais de là à concurrencer la technique originale de Zoran Janjetov ou Juan Gimenez, on en est fort loin.
Jon Davis Hunt privilégie il est vrai les plans rapprochés (faciès, vaisseaux, créatures), mais tend à oublier l’arrière champ dénaturé de toute structure. De loin trop maigre ou inexistant, il manque clairement des données prouvant certes que le vide de l’espace ou de certaines planètes justifie ce choix, mais empêchent de s’immerger totalement.
Un ouvrage donc en demi-teinte, ignorant certaines bases graphiques mais rectifiant la carence visuelle par un récit donnant le vertige.
Coq de Combat





J’ai toujours aimé l’Incal ! Belle et longue chronique en tous cas, tu devais être doué en rédaction à l’école !