Auteur : Fabrizio Dori
Éditeur : Sarbacane
240 pages
Date de sortie : 23 août 2023
Genre : roman graphique, conte initiatique
« La situation est… comment dire… « Techniquement abracadabrante ». Plusieurs de nos véhicules dans le secteur B s’affrontent à la composition de haïkus. Les robots de l’entrepôt, eux, sont en train de discuter d’un texte ardu qui, après une recherche rapide sur Google, s’avère être le huitième chapitre du premier livre de Ainsi parlait Zarathoustra. Et enfin, tous les bras automatisés de la ligne de production se sont mis à faire des dessins érotiques sur le tapis roulant. »
Présentation de l’éditeur :
Le satyre parachuté baby-sitter des dieux !
Zoé, cadre supérieure d’une grosse entreprise italienne, « control freak » plus cartésienne que Descartes lui-même, ne comprend pas quelle mouche a piqué son vieux père qui, d’après ses journaux intimes, est parti en voyage avec un certain Eustis, un prétendu satyre déchu de la cour errante de Dionysos, le dieu de l’Ivresse… Mais le paternel n’a pas perdu la boule ; Eustis existe bel et bien, et il est perdu dans le monde des mortels, plus précisément dans un bois glacial où il s’ennuie à mourir en attendant que ses chers amis, endormis au fond d’un lac, se relèvent d’une ultime cuite.
Mais une surprise toute particulière va le sortir de sa torpeur : Séléné, la déesse de la Lune, lui envoie son avorton qu’elle a eu avec Pan – un petit satyre aux boucles blondes – pour qu’Eustis l’aide à trouver sur Terre sa place dans le cosmos, sa « spécialité » de dieu. Eustis n’en croit pas ses oreilles : Pan et Séléné se sont offerts du bon temps et c’est lui qui doit en subir les conséquences ?! Pas question de jouer le baby-sitter de petit dieu pour les siècles à venir. Seule solution pour se débarrasser de cet enfant indésiré : se rendre sur l’Olympe et demander à un dieu de rang supérieur de le relever de cette tâche.
Le problème, c’est que sa tête a été mise à prix pour avoir volé de l’ambroisie à Arès et ainsi permis à un mortel d’en goûter, entre autres larcins…

Mon avis :
Entre réalité et mythologie, entre rêves éveillés et êtres endormis… voici la vérité onirique que Fabrizio Dori nous présente avec ce titre. « Le fils de Pan » est un petit gamin blond, avec une tenue marine d’Antan – comme on aimait vêtir les enfants il y a si longtemps – qui se retrouve sur Terre, sous la tutelle d’Eustis, un satyre pas spécialement enchanté de ce nouveau rôle. Il faut dire qu’il est plutôt désabusé depuis qu’il a été éloigné de ses compagnons, il y a des lustres de cela. Pourtant, la plus perdue dans cette histoire : c’est Zoé, la fille d’un dénommé Professeur. Ce dernier a disparu, ne laissant derrière lui que des journaux intimes traitant de magie, de mythologie et de satyres aussi réels que vous et moi.
Pour un peu, nous pourrions tantôt nous identifier à cette femme très terre à terre, tantôt à son père qui a accepté l’impensable, l’irréel, le féérique… alors persuadée d’être en plein rêve, elle écoute le récit d’Eustis ; comment il a été expulsé de la ronde de Dionysos, comment Séléné lui a envoyé son fils pour l’éduquer et tout le voyage entrepris pour esquiver cette lourde tâche. Un parcours qui se décortique tant dans le scénario que dans le dessin. Le graphisme se pare de différents styles pour éclairer le lecteur dans ce labyrinthe de rencontres et de découvertes. La réalité « tangible » de Zoé est plutôt terne, plat, sans nuance excessive, à la limite du… et bien du réalisme, tout simplement. Tandis que le monde mythologique s’empreint d’une touche « Art Nouveau » avec des beautés grecques romaines pleines de charmes posant souvent devant des semblants de cartes de tarots comme décor. Un régal pour les yeux (en tout cas, les miens).
Puis vient l’art Antique avec des personnages qui semblent tout droit sortis des poteries de l’empire romain ! Des dessins ramenant aux croyances de l’époque, accompagnés d’un brin de modernité comme Hermès au volant d’une Chevrolet Bel Air Hard Top, modèle bicolore 55, en début de cortège funèbre pour les Anthestéries qui manquent tellement à notre cher Eustis. Un bel ouvrage pour un conte initiatique qui laisse une fin ouverte à toutes les possibilités… pour les amateurs de romans graphiques.
ShayHlyn.







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