Les mains de Ginette

Scénario : Olivier Ka
Dessin : Marion Duclos
Éditeur : Delcourt |Mirages
104 pages
Date de sortie :
Genre : Amour, jalousie, tranche de vie, drame.

« Une vilaine petite fille. La progéniture involontaire, celle d’une mère irascible qui n’avait plus la force ni la patience pour l’aimer […] Les fils partis, le père mort d’une cirrhose, la ferme ne tournait plus.
– Merdeuse ! Petite pourriture ! Tu mĂ©riterais que je t’écrabouille sous ma semelle !
Ginette avait vécu en enfer.
– Tu ne partiras jamais, hein, ma Ginette ? Tu n’as rien et tu ne trouveras personne pour t’aimer. Qu’est-ce que tu irais faire ailleurs ? »

Présentation de l’éditeur :

Le scĂ©nariste Olivier Ka explore avec finesse la jalousie, le manque d’amour et ses consĂ©quences dans les rapports humains. Un rĂ©cit sensible portĂ© par le trait musical et colorĂ© de la talentueuse Marion Duclos.

La Crabe fait peur, ses mains ressemblent plus Ă  des pinces qu’Ă  autre chose, Ă  peine deux doigts comme des antennes collĂ©es sur des boursoufflures. Mais cela n’a pas toujours Ă©tĂ© le cas. Il fut une Ă©poque oĂą on l’appelait encore Ginette, une Ă©poque oĂą elle Ă©tait la femme de Marcelin le droguiste, une Ă©poque oĂą Marcelin Ă©tait fou amoureux de ses mains…

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Mon avis :

Quand on découvre Ginette au début de cet ouvrage, c’est une vieille dame, l’air acariâtre, le pas pressé, la mine à la fois hautaine et renfrognée. On ne voit pas ses mains, on ne les verra d’ailleurs quasi jamais – si ce n’est lors de son mariage avec Marcelin, brièvement, à peine…

Mais pour découvrir son histoire et pourquoi, de nos jours, elle se fait appeler « La crabe », il faut remonter en 1962 lorsqu’elle entra dans la droguerie du village pour acheter une paire de gants. Toujours cet air un peu supérieur, mais elle était alors bien plus jeune, plutôt jolie même… bien que le dessin de Marion Duclos ne laisse qu’imaginer.

Son style graphique est « musical » comme le diront les éditions Delcourt, surtout quand on voit Marcelin qui semble littéralement danser dans sa boutique, flottant et sautillant de rayons en rayons, s’avérant expert en matière de gants, peu importe l’usage.

Un homme jovial, un peu charmeur avec ses clientes, qui va subir déclin et désillusion. Finalement, c’est presque lui le héros de cette histoire dramatique. Par amour pour ces mains, « Les mains de Ginette », il va se marier avec cette dernière et jamais imaginer qu’on se passe la corde au cou lors de cette union sacrée n’aura été si à-propos.

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Olivier Ka dépeint dans ce drame les changements qui surviennent dans un couple petit à petit. Mais là où les amoureux se découvrent pour ne s’en aimer que davantage, Marcelin et Ginette vont, eux, s’enfoncer dans un rapport toxique. La jalousie va ronger l’épouse tandis que le mari se pliera à ses quatre volontés pour la satisfaire, quitte à y laisser sa joie de vivre, son magasin et son bonheur…

Un déclin que Marion Duclos traduira magistralement au fil des pages, notamment dans les expressions des visages. On aurait même envie de dire « Mais enfin Marcelin, tu n’as pas vu la méchanceté de Ginette sur son visage la première fois ? » Parce qu’on peut dire que la dessinatrice a donné les traits d’une mégère dès le début à cette femme tandis que Marcelin était un elfe dans un champ de fleurs – faut imaginer évidemment.

Alors mĂŞme si le dessin peut ne pas plaire Ă  tout le monde, bien qu’assez classique et d’un certain charme poĂ©tique, il parvient Ă  planter le dĂ©cor, dĂ©cortiquer les questionnements de l’âme ainsi que les accès de colère et de jalousie ; ce qui accompagne Ă©videmment avec brio le scĂ©nario d’Olivier Ka qui Ă©voque, finalement, des cas pas si rares d’amour toxique, entre victime et pervers narcissique notamment…

Et quelle fin ! (Mais je n’en dirais pas plus évidemment…)
ShayHlyn.

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