Carbone & Silicium

Scénario : Mathieu Bablet
Dessin : Mathieu Bablet
Éditeur : Ankama
272 pages
Date de sortie :  septembre 2020
Genre : science fiction, anticipation


« L’individu est incompatible avec l’idée de société parce que l’humain n’est pas un être rationnel, et encore moins quand il fait partie d’un groupe. »

 

Présentation de l’éditeur

2046. Derniers nés des laboratoires Tomorrow Foundation, Carbone et Silicium sont les prototypes d’une nouvelle génération de robots destinés à prendre soin de la population humaine vieillissante.
Élevés dans un cocon protecteur, avides de découvrir le monde extérieur, c’est lors d’une tentative d’évasion qu’ils finiront par être séparés. Ils mènent alors chacun leurs propres expériences et luttent, pendant plusieurs siècles, afin de trouver leur place sur une planète à bout de souffle où les catastrophes climatiques et les bouleversements politiques et humains se succèdent…

 

 

Mon avis

Alors que Matthieu Bablet bouclait les couleurs de Shangri-la il y a quatre ans, germait dans son bouillonnant cerveau d’humain une petite histoire mettant en scène deux robots traversant les décennies et animés d’une puissante intelligence artificielle. Inspiré de Blade Runner et de moult ouvrages traitant des I.A., le pauvre Mathieu se voit vite dépassé par son projet initial et comprend vite qu’il sera bien plus ambitieux que Shangri-la. Effectivement, nous voilà au bout des 4 ans, avec un pavé de 272 pages traitant d’un sujet de SF aussi passionnant qu’il est complexe tant il nous renvoie à des questions existentielles, philosophiques et sociétales, se résumant en la question Shakespearienne d’être ou de ne pas être. Mathieu Bablet, par la voix de ses deux robots, soulève beaucoup de questions invitant chacun à y apporter sa propre réponse.

Ces deux robots finissent, chacun à leur façon et selon les chemins qu’ils ont pris, par être presque plus humains que leurs créateurs. Ils apprennent, comprennent et tirent des leçons. Tandis qu’ils assistent à la déchéance et à l’auto destruction de l’humanité, leur conscience et leur humanité grandit tout en se libérant des carcans matériels pour l’un et corporel pour l’autre.

La dualité s’installe au fil des années qui s’écoulent, et ses deux androïdes qui au départ sont identiques incarnent deux visions du monde qui se font face. L’émotion face à la raison, le désir face à la réflexion, l’individualisme face au collectivisme, la connaissance face à la croyance, l’optimisme face au fatalisme, le virtuel face au réel.

Carbone et Silicium, c’est toute l’humanité résumée dans deux androïdes, qui nous renvoient en pleine figure tous les grands questionnements existentiels d’aujourd’hui, économiques, écologiques, humanistes et éthiques. Ils nous racontent notre histoire, fable dramatique qui dépeint les ravages du totalitarisme capitaliste, et démontrent tout simplement les illusions ou les limites du transhumanisme.

Graphiquement, Mathieu Bablet nous gratifie de planches éblouissantes de précision et de détails dans les ambiances citadines, et hypnotisantes lors des incursions dans le réseau. Ses décors sont si beaux et sa créativité si inventive, qu’on lui pardonne bien volontiers ses imperfections sur les personnages.

Œuvre magistrale, dans la droite continuité de Shangri-la, ce conte d’anticipation impressionne vraiment par sa maturité, et par la simplicité avec laquelle des thèmes si complexes sont abordés.

Loubrun

 

 

 

8 commentaires sur “Carbone & Silicium

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  1. Belle chronique qui donne envie de lire ce nouvel album, d’autant que j’avais bien aimé Shangri-La (à part la fin très poétique qui m’avait un peu perdu).
    Curieux de le lire dès que j’en aurai l’occasion.

    Aimé par 1 personne

  2. Ouvrage magnifique… si vous accrochez aux dessins tres particuliers. J’en parle dans la chronique la semaine prochaine. Je rejoins Samba sur le fonds mais il y a la question de la forme qui risque de diviser.

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  3. Lu ce week-end, jusqu’à la moitié, je me disais en plus vulgaire « il est quand même bon ce Mathieu Bablet y’a pas à dire. » Le problème (pour moi) c’est que la deuxième moitié de l’album (comme shangri’la) se perds et lâche des sous intrigues qui auraient pu être exploitées plus avant, mais je ne peux pas aller plus loin sans spoils. (après l’hospital pour ceux qui ont lu l’album). Il ouvre beaucoup de thèmes et au final n’en développent qu’assez peu. Dommage. Cela reste un bon moment de lecture qui, je l’espère, permettront à des lecteurs de s’intéresser plus avant à ces thèmes classiques de la SF.

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  4. Lu en plusieurs fois car effectivement c’est un pavé.
    Je suis plus mitigé que l’ensemble du corpus. Je rejoins Jax sur la deuxième partie : cela s’essouffle ! J’ai eu du mal à finir. Ou plutôt j’avais hâte que cela finisse. L’auteur se perd en conjecture et cela ne rend pas grâce au dessin.
    Si vous attendez une BD d’action, passez votre chemin. C’est tres tres introspectif !! L’humanité vu par deux androïdes philosophes, cest cool ! mais cela à ces limites.
    NB : pas lu Shangri La

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