Scénario : Mathilde Payen
Dessin : Mathilde Payen
Éditeur : Sarbacane
Date de sortie : 21 août 2024
152 pages
Genre : road-trip zombie
« Tant que mon cœur était en mouvement, que mon cerveau se gavait de nouvelles expériences, j’étais vivante. Je ralentissais le temps »
Présentation de l’éditeur
Le monde s’est effondré. Suite à une mutation génétique qui accélère le vieillissement de l’organisme, l’humanité ne dépasse désormais plus trente ans. Mais il y a pire : comme pour protester contre ces décès prématurés, les morts se relèvent et des hordes de zombies avides de chair humaine errent dans des villes fantômes. Swann, punkette rebelle, la vingtaine, sait que le temps lui est compté et refuse de le regarder filer les bras croisés, dans son petit appartement où elle s’est barricadée depuis la fin du monde. Alors, pour ralentir ce temps, du moins pour le déjouer, elle décide de le remplir de toutes les expériences les plus folles, uniques et nouvelles qu’elle peut imaginer. Elle part en voyage pour vivre toute une vie en un instant, bien déterminée à ce que rien, si ce n’est la mort, ne l’arrête. Pas même l’amour de Murphy qu’elle rencontre sur sa route et qui, lui, vit reclus et tétanisé.
Le jeune homme se laisse pourtant convaincre par la fureur de vivre de la jeune femme et la suit dans sa quête absurde… à la vie, à la mort !

Mon avis
« Que c’est moche de vieillir » dirait l’autre (le vieux) qui se plaint du dos, qui soupire en prenant son traitement quotidien contre l’hypertension. Mathilde Payen va au-delà de l’expression en nous collant une mutation qui change le jeune en zombie. Et là on n’est pas dans l’infecté galopant comme dans 28 jours plus tard, on est davantage dans un bon vieux Romero avec des corps en décomposition et des morts-vivants qui déambulent.
A priori rien à voir avec le dessin de l’illustratrice qui, dans un rose tranchant, décrit avec dynamisme les pérégrinations sous fonds gris de Swann et Murphy. L’univers post-apocalyptique est chaotique, les règles n’existent plus, on n’est donc pas surpris de voir que Mathilde Payen s’amuse avec les proportions parfois biscornues de ses personnages. Certains bloqueront là-dessus, moi pas car j’y vois une certaine originalité dans le traitement d’un genre plus que sur(?)-exploité dans la culture pop de ces vingt dernières années. Et que dire du sujet du passage à l’âge adulte ? Ici, il s’agit d’exprimer via son héroïne une recherche viscérale du sens même de l’existence. Et comme par hasard ! (prendre la voix d’Albert Dupontel dans Bernie) elle s’appelle Swann ! Le nom du personnage d’A la recherche du temps perdu s’insère inconsciemment (ou non) comme une pièce d’un scénario qui évolue au fil de la lecture.
Trouver sa voie, faire des choix, se construire en tant qu’individu, voilà le programme adolescent qui mène à l’âge adulte, chacun gardant son propre rythme (celui de Swann ? de Murphy ?) qui tranche avec le zombie qui, lui, est totalement dépersonnalisé, sans but et sans idéal.
L’auteure traitait déjà du sujet de cette transition dans La fête est finie . Avec Mortelle Mixtape elle élargit la portée de son propos en sortant du microcosme étudiant parisien et délivre une œuvre qui mêle espérance et révolte tout en exprimant un profond désenchantement. La lecture renvoie un souffle de vie communicatif, comme dans cette autre phrase de vieux : « profitez de la vie car le temps file ».
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Petitgolem13




« Que c’est moche de vieillir » et « profitez de la vie car le temps file » sont des phrases que je prononce souvent car elles sont d’une vérité implacable (la 1ère pour le constat qu’on fait quand on « vieillit » et la 2e adressée aux plus jeunes pour leur faire bien prendre conscience qu’il faut profiter !)… Las, on s’en rend compte souvent trop tard !