ADAM CLARKS.

Adam Clarks, Lapone, Hautière, treize étrange, Glenat,10/2014Adam Clarks, Lapone, Hautière, treize étrange, Glénat, 10/2014Dessin : Antonio Lapone – Scénario : Régis Hautière

Editions Glénat

Collection : Treize étrange

Sortie : 29/10/2014

64 pages – cartonné

Prix conseillé : 19,50 €

ISBN : 9782723485654

Thriller, espionnage, graphisme, style « Atome ».

 

Résumé (de l’éditeur) : Dans un XXIe siècle fantasmé où la guerre froide sévit toujours et où la conquête de Mars est en marche, c’est lors d’une soirée mondaine où les « grands » de ce monde ont l’habitude de se retrouver que l’énigmatique Adam Clarks montre son vrai visage. On pourrait le croire trop occupé à faire des courbettes aux puissants et à séduire des beautés fatales. Mais il ne perd pas de vue son véritable objectif : un rubis de 100 carats d’une valeur inestimable, exposé à la vue de tous : le Long Star. La nuit, Adam fait montre de ses talents de monte-en-l’air pour subtiliser le bijou. Personne n’a rien vu, rien entendu. Personne ? Pas si sûr… Devenu à la fois la cible du KGB et de la CIA, Adam va devoir jouer sur les deux tableaux s’il veut s’en sortir.

« Quand je dis « Grand Monde », c’est bien entendu une façon de parler. Il n’est grand que par sa prétention à le paraître »

 

Adam Clarks, Lapone, Hautière, Treize étrange, Glénat, 10/2014

 

Mon avis : Je vais vous parler assurément d’un des albums les plus atypiques de l’année 2014. Et quel album ! Voilà déjà un bon bout de temps que je m’intéresse à Antonio Lapone via ses sorties en libraire, via sa page « Facebook ». J’attendais la sortie de son nouvel album « Adam Clarks » avec impatience. Il distillait ses images de façon insidieuse mais combien efficace sur internet. C’est un bon communicateur ! En rentrant chez mon libraire, j’ai de suite repéré l’album qui ne passe pas inaperçu. Sa dimension d’abord est grande, hors format (il va falloir prévoir une étagère spéciale) car c’est du 289 X 368mm ! Belle pièce, bel album, bien fini, bien imprimé, la grande classe ! Cela nous change des fichiers PDF, refrain connu. Et puis, il y a le graphisme  qui vous saute aux yeux. Je ne vous cache pas que j’adore le style « Atome » qui me rappelle des gens comme Chaland, Régis Clerc, Ted Benoit et encore quelques autres. Antonio Lapone squatte aussi les cimaises avec un certain succès et je trouve que c’est mérité. Je verrai bien un petit (et pourquoi pas un grand ?) Lapone du plus bel effet au mur de mon bureau. La dimension de l’album magnifie le graphisme élégant du dessinateur d’origine transalpine qui vit en Belgique.

 

Adam Clarks, Lapone, Hautière, Treize étrange, Glénat, 10/2014

 

Les grands codes du style graphique « Atome » sont bien là. Ils sont inspirés de la ligne claire. Une précision dans le trait, des traits simplifiés sans surcharge mais un style un peu carré dans les visages, les silhouettes, les décors. L’usage de grand aplats noirs, l’absence ou presque des hachures pour marquer les ombres. A la place, on a des aplats constitués de points plus ou moins serrés ou des aplats de couleurs aux intensités successives. Même les bulles sont formatées et font dans la revue technique branchée. Non seulement Lapone met en page une histoire mais il dessine aussi de belles cases et de belles planches. Il y a de l’esthétisme et un « coup d’œil » à avoir autant dans la globalité de la planche que dans les détails. Certaines planches sont assez fascinantes sur ce plan. Et puis, il a un certain sens de la théâtralisation, du décor qui en jette plein la figure. La présentation des planches n’est pas conventionnelle non plus. L’extrémité droite de la planche est complétée par un « liseré vertical » d’environ 1,5 cm de large du plus bel effet. Ce liseré graphique fait référence au développement de l’histoire et forme ainsi des sortes de chapitres graphiques. Etonnant et pas conventionnel. Autre facette, la colorisation est un peu déroutante. Au fil des planches, on se rend compte que petit à petit elle change radicalement pour partir de tons plus conventionnels pour finir dans des tonalités plus froides, plus brutes, moins subtiles. J’ai eu l’impression que l’on a voulu ainsi dramatiser le dénouement de l’histoire, de l’action. Nous avons donc ici un travail élaboré et une vraie recherche graphique. Au-delà des codes, il y a une volonté d’innovation, d’étonner le lecteur.

 

Adam Clarks, Lapone, Hautière, Treize étrange, Glénat, 10/2014

 

D’où l’importance de la complicité et de la complémentarité  entre le dessinateur et le scénariste. Le scénario est de Régis Hautière. Les deux auteurs ont déjà réalisé un album intitulé « accords sensibles ». Cet album, toujours en style « Atome », parle avec nostalgie du jazz. C’est un scénariste qui a du vécu et a déjà collaboré avec des pointures comme Romain Hugault et bien d’autres. Le récit nous parle d’Adam Clarks, chroniqueur de la jet set, mais aussi à mi-chemin entre un gentleman cambrioleur et un cadre d’une multinationale de Wall street. Il a mis sur pied une trame où les parties en présence essayent de tromper, de voler les autres protagonistes, en les faisant en même temps chanter. Et quand la CIA et le KGB s’en mêlent, cela devient chaud, très chaud…Hautière nous a concocté une belle mécanique et tous les éléments s’emboitent bien.

 

Adam Clarks, Lapone, Hautière, Treize étrange, Glénat, 10/2014

 

Les auteurs jouent aussi sur une idée d’une société future, hautement technologique, bien belle, toute clinquante, avec des élites bien sous tous les rapports (c’est du moins ce qu’on fait croire au lecteur au début de l’album). La société idéale et rêvée sur tout dans les années ’50 et ’60 à l’époque des golden sixties où tout est permis, rêvé et réalisable à moyen terme. Ici, c’est transposé au 21e siècle mais on sent cette influence d’une période dorée qui fait encore fantasmer pas mal de nos contemporains. Je pense ici à des influences culturelles telles que le disque  de Donald Fagen intitulé « The nightfly ». Sur ce disque mythique, on y trouve deux morceaux qui vont squatter le billboard en 1982 intitulés « New Frontier » et « I.G.Y. ». Antonio Lapone y fait une référence explicite dans l’album. « New Frontier », la nouvelle frontière, se rapporte au slogan de John Fitzgerald Kennedy lors de sa campagne électorale pour la présidence des Etats-Unis en 1960.C’est le temps de la NASA et de la course à la conquête de la lune. I.G.Y. (international geophysical year) fait référence à l’Année géophysique internationale qui a été un formidable élan pour une recherche mondiale et coordonnée entre juillet 1957 et décembre 1958 en vue d’une meilleure connaissance de la terre et du système solaire. Une belle réalisation qui n’a pas été renouvelée.

Le vidéo-clip de « new frontier » intègre une partie graphique en dessin animé dans le style « atome », comme quoi rien n’est anodin !

 

Adam Clarks, Lapone, Hautière, Treize étrange, Glénat, 10/2014

 

A noter également que l’album se termine par un « secret files », un dossier graphique exceptionnel, où Antonio Lapone laisse libre cours à sa créativité sur le thème de l’album : des croquis, des recherches de personnages, des pastiches de couvertures de magazine, de publicités, bref du grand Art.

Ainsi se clôture cette longue chronique. Longue, car j’ai été enthousiasmé par le travail graphique de Lapone. Longue, car il ne s’agit pas seulement d’un exercice graphique de haute voltige (l’éditeur parle d’ « audace du dessin »), mais il y a aussi un vrai scénario, bien mené et qui sert une histoire cohérente. Au final, j’ai vraiment bien aimé cet album et il aura une place particulière dans ma bibliothèque. Encore un formidable cadeau pour Noël qui ne passera pas inaperçu !

 

Adam Clarks, Lapone, Hautière, Treize étrange, Glénat, 10/2014

 

Et pour terminer, voici un extrait de « I.G.Y.» de Donald Fagen :

What a beautiful world this will be… (Quel magnifique monde ce sera…)

What a glorious time to be free! (Quel glorieux moment pour être libre !)

Tout est dit en deux vers…

 

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a09-3e78912.gifMoyenne 

 

Lien vers le site de Glénat : ICI.

Le blog d’Antonio Lapone : ICI.

Le clip vidéo de « New Frontier » :


 

 

Capitol.

 

Adam Clarks, Lapone, Hautière, Treize étrange, Glénat, 10/2014

 

Les Chroniques Courtes (64) : CARTHAGO –T 4

couv_223842-48bc748.jpgplanchea_223842-48bc759.jpgCARTHAGO –Tome 4 : Les monolithes de Koubé.

Dessin : Milan Jovanovic – Scénario: Christophe Bec

Editeur : Les Humanoïdes Associés

Sortie : 15/810/2014

56 pages-couleurs.

Aventure, fantastique.

 

 

 

Le résumé (de l’éditeur) :
  Lors d’un forage dans une caverne sous-marine, des scaphandriers sont attaqués par un fossile vivant, un megalodon. Ancêtre préhistorique du grand requin blanc, il est le plus féroce prédateur des mers que n’ait jamais connu notre planète. L’océanographe Kim Melville découvre que des spécimens ont survécu dans des grottes sous-marines alors qu’ils sont censés avoir disparu depuis 5 millions d’années! Une découverte qui pourrait remettre en question l’équilibre écologique de la planète et la survie même de l’humanité.

 

Mon avis :  
J’aime beaucoup le travail de Christophe Bec et cette série « Carthago », je la suis depuis le début. Il excelle dans ce type de scénario qui mêle l’aventure avec une petite dose de fantastique, juste de quoi se retrouver à la lisière du réel et du possible. 

 

Je dois cependant constater que j’ai été déçu par ce quatrième tome. Est-ce dû à « pas de chance » ?  Il n’empêche qu’il ne se passe rien de bien spectaculaire et les quelques développements ne font pas beaucoup avancer le schmilblick…Un album de transition probablement en attendant d’autres développements et un peu plus d’action.

 

 

 

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Capitol.

LES CHEMINS DE COMPOSTELLE – Tome 1: Petite licorne.

Les chemins de compostelle, Servais, Dupuis, 10/2014Les chemins de compostelle, Servais, Dupuis, 10/2014Dessin & scénario : Jean-Claude Servais

Editions Dupuis

Sortie : 17/10/2014

80 pages – cartonné

Prix conseillé : 16,50 €

ISBN : 9782800161242

Aventure, Compostelle, Bruxelles, Mont Saint-Michel, alchimie, bière.

 

Résumé (de l’éditeur) : Lieu hautement symbolique, Compostelle attire chaque année des milliers de pèlerins à travers l’Europe. Blanche, Céline et Alexandre vont, eux aussi, emprunter ce chemin à un moment de leur vie. Dépositaire d’un savoir précieux auquel son grand-père alchimiste l’a initiée, Blanche part de Belgique sur ses traces, après qu’il eut été retrouvé sans vie sur une plage près de Compostelle. Le point de départ de Céline se situe au Mont-Saint-Michel, où elle a commencé son noviciat. Quant à Alexandre, guide de montagne dans les Alpes suisses, c’est le décès de Margaux qui va le jeter, lui aussi, sur cette route pleine de questions, mais peut-être aussi de réponses. Au fil de ces voyages initiatiques et de ces destins croisés, Jean-Claude Servais nous emmène avec lui, pour un récit en sept albums, sur les chemins de France et nous fait découvrir des paysages sublimes et des lieux nourris de culture, d’histoire et de mystères.

Les chemins de compostelle, Servais, Dupuis, 10/2014

« Beaucoup de gens passent leur vie non pas à chercher la lumière, mais à l’empêcher d’entrer. »

 

Mon avis : Pour la genèse et le concept de la série, je vous renvoie vers ma chronique du 16 septembre 2014 lorsque Samba BD avait reçu le magnifique dossier de presse des éditions Dupuis. C’est ce qu’on appelle dans le jargon « appâter le client ». Pour relire mon entrée en matière, voir ICI.

N’ayant pas reçu l’album, je me suis mis en route pour aller chez mon libraire bien aimé et acheter cet album (mon Graal du moment) que toute la planète BD attend avec impatience. La sortie d’un album de Servais est toujours un petit événement en soi. Après nous avoir conté chaque fois en deux tomes l’histoire de l’abbaye d’Orval (avec sa bière et son fromage) et de Godefroid de Bouillon (la mise en bière du mythe), Servais s’est ainsi constitué une base supplémentaire appréciable de lecteurs potentiels. Ils ne connaissent peut-être pas son travail mais ils ne rateront pas l’occasion de rentrer chez eux avec un ou deux « beaux livres » traitant d’Orval ou du château de Bouillon, destinations de leur promenades dominicales. Maintenant, Servais se lance dans sa « Grande Œuvre » comme disent les alchimistes, une série en sept volumes sur les chemins de Compostelle, encore un mythe qui est revenu à la mode ces dernières décennies avec ce retour de la spiritualité et la recherche du « soi ». La visite du Pape à Compostelle n’est pas étrangère à ce regain de popularité pour ce qui reste pour moi une performance sportive et spirituelle.

Les chemins de compostelle, Servais, Dupuis, 10/2014

Et « notre Jean-Claude », comment s’en est-il tiré pour ce premier tome ? Plutôt bien, très bien même, avec la grande distinction en plus! Il prend des personnages radicalement différents, d’horizons et d’origines différentes, ayant des motivations bien personnelles. Il les met sur la route sans oublier de nous décrire leur vécu et les endroits où ils vivent et par où ils vont passer. Le terrain de jeu est donc très vaste et permet un large spectre de variation. Connaissant l’apôtre, il va nous sortir une documentation considérable et il va faire beaucoup de repérages pour coller le mieux possible à la réalité.

Les chemins de compostelle, Servais, Dupuis, 10/2014

Le premier tome est déjà révélateur de la manière de procéder de Servais dont l’expérience et la patte ne sont plus à détailler tellement son savoir-faire est connu et reconnu. On découvre d’abord en Belgique une fille prénommée Blanche. C’est le personnage central de ce premier tome. Elle a un grand-père atypique qui lui enseigne l’alchimie des alchimistes mais qui pratique aussi l’alchimie des brasseurs puisqu’il produit des bières dites artisanales. Avec son grand-père toujours, elle découvre Bruxelles et sa Grand place, joyau architectural qui se confond avec les principes de l’alchimie. Les façades sont remplies de messages alchimistes. C’est sous cet angle que Servais va envoyer Blanche sur les routes de Compostelle. On retrouve également trois autres personnages mais de façon plus succincte, le développement de ces personnages sera certainement pour les prochains albums de la série.

Les chemins de compostelle, Servais, Dupuis, 10/2014

Le dessin de Servais est toujours aussi précis. Son travail sur la Grand place de Bruxelles est exceptionnel de précision. N’est pas n’importe qui celui qui se lance ainsi dans un des plus beaux décors du monde…Dans son style qui lui est propre, il assure du côté graphique. Peu ou rien à redire…Pour le scénario, Servais a trouvé un sujet porteur mais surtout a trouvé un point d’attaque (l’alchimie au sens large) qui met déjà du rythme à son récit alors que les personnages sont à peine sur le départ. En plus, il raconte par le détail la vie de Blanche, de son grand-père atypique, de sa famille qui se déchire sur l’avenir de la brasserie. C’est à la fois très proche des contingences matérielles et pas loin d’une quête spirituelle. Cet amalgame nous donne un scénario qui tient la route et nous laisse espérer le meilleur pour les prochains tomes de la série. A noter également les très belles couleurs de Raives, lui aussi une pointure.

Les chemins de compostelle, Servais, Dupuis, 10/2014

En conclusion, C’est un excellent album de Servais que voilà. On est parti pour sept tomes. Le premier est plus qu’une mise en bouche et augure du meilleur. J’espère que l’on est parti pour sept ans de bonheur sur les chemins de Compostelle

 

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Lien vers le site de Dupuis : ICI.

 

Capitol.

 

Les chemins de compostelle, Servais, Dupuis, 10/2014

 

LA LUNE EST BLANCHE.

Le lune est blanche, Lepage, Futuropolis, 10/2014.La lune est blanche, Lepage, Futuropolis, 10/2014Dessin, couleurs & scénario : Emmanuel Lepage

Lettre à Marité & photographies : François Lepage

Editions Futuropolis

Sortie : 16/10/2014

256 pages –cartonné

Prix conseillé : 29,00 €

ISBN : 9782754810289

Aventure, Antarctique, reportage, voyage.

 

Résumé (de l’éditeur) : « L’Antarctique. Le sixième continent. 14 millions de kilomètres carrés. Un dôme de glace enchâssé dans un socle rocheux. Le continent le plus sec, le plus froid, le plus difficile d’accès. Le continent des superlatifs. Le monde des extrêmes. »En 2011, Yves Frenot, directeur de l’Institut polaire français, invite Emmanuel Lepage et son frère François, photographe, à intégrer une mission scientifique sur la base française antarctique Dumont d’Urville, en Terre-Adélie. Le but ? Réaliser un livre qui témoignerait du travail des savants. Yves Frenot leur propose, en outre, de participer, comme chauffeurs, au raid de ravitaillement de la station Concordia, située au cœur du continent de glace à 1 200 km de Dumont d’Urville. Le Raid, comme on l’appelle, c’est LA grande aventure polaire ! Pour les deux frères, ce serait l’aventure de leur vie, mais rien ne se passera comme prévu !

 

la lune est blanche,lepage,futuropolis,910,aventure,antarctique,reportage,voyage,102014la lune est blanche,lepage,futuropolis,910,aventure,antarctique,reportage,voyage,102014

« Nous ne sommes pas seulement témoins mais devenons partie prenante d’une mission polaire. »

 

La lune est blanche, Lepage, Futuropolis, 10/2014Mon avis : Emmanuel Lepage est connu de tous les amateurs « éclairés » de la bande dessinée. Il s’est spécialisé depuis quelques années sur la BD reportage. Un style de bande dessinée qui demande de la précision dans le dessin et de la rigueur, mais aussi de l’investissement personnel en allant vivre l’aventure directement sur le terrain. Il aime raconter ses voyages, ses aventures mais ses terrains de jeu ne sont pas communs. Ces deux derniers albums en date sont « Voyage aux îles de la Désolation » paru en 2011 chez Futuropolis et «Un printemps à Tchernobyl » paru chez le même éditeur en 2012. Ces albums ont remportés de nombreux prix. Ils sont exceptionnels. Si vous ne les avez pas lus et que vous aimez la BD reportage, il est temps de combler vos grosses lacunes…A noter également qu’un coffret intitulé « Australes » réunit « Voyage aux îles de la Désolation » et « La Lune est blanche », deux récits du monde au bout du monde. Le coffret est vendu à 59€, prix officiel. Mais celui qui aime, ne compte pas,  surtout en période de fin d’année et des cadeaux !

 

La lune est blanche, Lepage, Futuropolis, 10/2014

 

Avec ce nouvel album, Emmanuel Lepage, en collaboration avec son frère François, photographe, s’embarque pour un raid en Antarctique. Le volumineux album dont il est question ici est le récit de leur aventure, depuis les préparatifs jusqu’au raid en lui-même dans les grandes étendues polaires. L’histoire de la conquête de l’Antarctique est également contée par le détail. Les frères Lepage nous raconte un long voyage, très loin de nos contrées, mais il s’agit aussi d’une sorte de voyage immobile, un cheminement mental où les deux hommes ont eu le temps de réfléchir, de penser, d’échanger leurs impressions tout en retenue. Dans un milieu hostile avec le froid polaire, ils vont devoir se fondre dans une équipe, respecter des règles de vie et de sécurité, éviter les dangers de l’isolement, la mort dans le silence des glaces. Je vais citer ici ce que François Lepage écrit à sa femme : « Nous glissons sans bruit sur le miroir d’une autre réalité, accrochés au bastingage comme à un rêve, sidérés, immobiles dans la beauté des choses. Les icebergs sont comme les dômes d’une ville engloutie. On vient de nous tendre la clé d’un monde inaccessible et lointain. D’une nature gigantesque et confidentielle. »

 

La lune est blanche, Lepage, Futuropolis, 10/2014

 

L’album de 256 pages est une vraie brique qu’on ne lit pas en 10 minutes. Cet album vaut son prix car il est volumineux et très bien réalisé. Il mêle le dessin agréablement réalisé d’Emmanuel Lepage et les photos de François Lepage. Le dessin bénéficie de la place prépondérante mais j’ai apprécié ce mélange intelligent entre le dessin et la photo. L’un ne phagocyte pas l’autre. Par moment, il se mélange de façon harmonieuse. Parfois, la frontière est ténue, tellement le réalisme est surprenant, tellement les couleurs, quand il y en a, sont proches voire identiques. A un moment donné, je me suis dit : photo ou dessin ? Le travail des couleurs est essentiel. la majorité est en monochrome, tendance sépia. Emmanuel Lepage distille les couleurs de page en page, parcimonieusement comme si celles-ci étaient essentielles dans un univers principalement dominé par le blanc.

 

La lune est blanche, Lepage, Futuropolis, 10/2014

 

Le scénario raconte par le détail toutes les péripéties de ce voyage. On y découvre les préparatifs, le report du départ, l’attente, le confinement sur le bateau, le blocage dans les glaces à 100 kilomètres de la base, les programmes qui doivent être revus suite aux retards subis, la remise en cause du raid en lui-même, le voyage initiatique vers Concordia,…Pas mal de séquences où il ne se passe rien mais où le mental fonctionne à plein. Des séquences historiques permettent très judicieusement de rythmer le récit. De la haute voltige et une leçon de scénario.

 

La lune est blanche, Lepage, Futuropolis, 10/2014

 

A noter  qu’un concours, sans obligation d’achat, est organisé par l’éditeur Futuropolis dans le cadre de la sortie du livre. Ce concours se termine le 31 décembre 2014. Vous pouvez gagner un séjour de 17 jours en Patagonie (lien vers le concours : ICI).

 

La lune est blanche, Lepage, Futuropolis, 10/2014

 

Avec cet album, les frères Lepage (et surtout Emmanuel) ont encore visé juste. Il s’agit vraiment d’un témoignage de première main sur une expérience hors norme que peu de gens ont la joie de vivre. C’est également le résultat d’une complicité de tous les instants entre deux frères. Si vous aimez la bande dessinée tirée de la réalité, vous ne pouvez pas passer à côté de cet album incontournable qui va encore truster des prix à la pelle et sera dans le classement des meilleures Bds de 2014 !

 

La lune est blanche, Lepage, Futuropolis, 10/2014

 

 

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Lien vers le site de Futuropolis : ICI.

Lien vers notre chronique de  « Voyage aux îles de la Désolation » : ICI.

Lien vers notre chronique de  «Un printemps à Tchernobyl »: ICI.

 

 

Capitol

 

la lune est blanche,lepage,futuropolis,910,aventure,antarctique,reportage,voyage,102014

 

LITTLE TULIP.

Little tulip, Boucq, Charyn, Le Lombard, signé, 11/2014Little tulip, Boucq, Charyn, Le Lombard, signé, 11/2014Dessin : François Boucq – Scénario : Jérôme Charyn

Couleurs : Le Moal Jean-Noël

Editions Le Lombard

Collection « Signé »

Sortie : 07/11/2014

88 pages –cartonné

Prix conseillé : 16,45 €

ISBN : 9782803634170

Aventure, goulag, tatouages

 

Résumé (de l’éditeur) : Emprisonné en même temps que ses parents, c’est à l’âge de sept ans que Pavel a découvert l’enfer du goulag. Séparé des siens, il a dû apprendre à survivre seul. Quelques années plus tard, il connaît bien les règles qui régissent son univers: la violence permanente, l’incurie des gardiens, la toute-puissance des chefs de gangs,… Il sait que s’adapter et s’endurcir ne suffisent pas. Grâce à ses talents de tatoueur, il obtient la protection de Kiril la Baleine, le plus cruel des caïds. Mais s’allier avec le diable a toujours un prix…

Little tulip, Boucq, Charyn, Le Lombard, signé, 11/2014

« Le dessin est un art qui consiste à essayer de donner forme à l’invisible… »

 

Mon avis : « 25 ans après « bouche du diable », le duo Boucq-Charyn se reforme ». C’est le bandeau rouge de l’éditeur que vous trouverez avec l’album. Pour fêter les 20 ans de la collection « Signé », Le Lombard ne pouvait espérer un meilleur timing. Le même duo avait déjà frappé une fois avec « la femme du magicien » en 1986 dans la collection « A suivre » chez Casterman. Le Lombard en profite pour ressortir ces deux excellents albums. Jérôme Charyn est un des plus importants écrivains de la littérature américaine contemporaine. Après 25 ans, le fil a été renoué. Entretemps, Boucq a continué son chemin et est devenu un des grands auteurs de la bande dessinée franco-belge. Doté d’un humour dévastateur, il a fait vivre les aventures de Jérôme Moucherot, un agent d’assurance hors norme et décalé pour lequel l’aventure est au coin de la rue. Il aborde le western avec Jodorowsky dans la série Bouncer. Un western pas comme les autres qui fait preuve d’innovation et lui donne un univers qui lui est propre, vu nulle part ailleurs. Grand Prix de la ville d’Angoulême en 1998, son dessin précis et enlevé ont fait de lui un des maîtres de la profession, alliant qualité du travail graphique et rapidité d’exécution. La sortie d’un album de Boucq est toujours un événement, et plus encore quand il est en duo avec Charyn qui lui fait une confiance aveugle pour l’adaptation de son scénario. Une référence dont Boucq peut être très fier ! J’ai eu l’immense honneur de l’interviewer en décembre 2012 lors d’une exposition à la galerie Champaka à Bruxelles. Le personnage est affable et bienveillant mais aussi à la hauteur de son immense talent et de sa réputation (son interview sur Samba BD : ICI).

Little tulip, Boucq, Charyn, Le Lombard, signé, 11/2014

Après ce long et nécessaire préambule, vous savez en ouvrant l’album qu’à priori vous devriez passer un bon moment de lecture. D’autant plus que les auteurs ont concocté un scénario très intéressant qui mêle plusieurs thèmes dont le principal est les camps du goulag en Union Soviétique. Vient ensuite se greffer d’autres thèmes tels que le dessin, le tatouage, la criminalité dans ces camps, la survie mais aussi l’immigration en Amérique et le choc des cultures que ce parcours de vie implique. Ajoutez-y le dessin de François Boucq, très expressif et complètement maîtrisé, un découpage classique mais précis, des cases dignes d’un récit cinématographique. Le lecteur est directement emporté dans un univers sans concession et suit la vie incroyable de Pavel qui va devoir se battre pour sa survie, dont la vie va être marquée à tout jamais par ce qu’il va devoir subir. C’est par moment violent, comme l’était la vie dans les goulags, mais le Pavel adulte a des principes et des valeurs qu’il défend parfois au péril de sa vie. Il s’agit d’une parabole en 88 pages dont on ne sort pas indemne car les auteurs sont des virtuoses dans leur domaine. A noter que l’album se termine par un dossier graphique du meilleur effet.

Little tulip, Boucq, Charyn, Le Lombard, signé, 11/2014

J’ai également bien aimé dans cet album le rapport entre Pavel, l’élève tatoueur, et son professeur en tatouage, Andreï. Certains dialogues, entre les deux personnages sur le dessin et l’apprentissage des connaissances, valent le détour. Je suppose que François Boucq y adhère à 100%. Ce serait bien de lui poser la question lors d’une prochaine interview…

Little tulip, Boucq, Charyn, Le Lombard, signé, 11/2014

Pour moi, il s’agit d’un des meilleurs albums que j’ai lu durant cette année 2014. Les auteurs allient la fiction avec une solide base réelle, puisque François Boucq s’est pas mal documenté sur la vie dans les camps. C’est lui qui a proposé le sujet à Charyn en recherche d’un projet fédérateur et novateur. A lire sans délai ou à vous faire offrir pour les fêtes de fin d’année. Incontournable !

 

Scénario :           9/10

Dessin :             9/10

Moyenne :           9/10

 

Lien vers le site des éditions Le Lombard : ICI.

 

Capitol

 

Little tulip, Boucq, Charyn, Le Lombard, signé, 11/2014

 

EPHEMERIDES.

Editions Hugo images

Sortie : 09/10/2014

365 pages

Prix conseillé : 9,99 €

Résumé (de l’éditeur) : Après le succès de la première édition, nous agrandissons la collection d’éphémérides, pour permettre de passer chaque jour de l’année à encore mieux s’amuser avec nos héros préférés…

 

Ephémérides, lapins cretins, Hugo, 10/2014

 

Mon avis : Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler de produits se situant autour de la BD. L’éditeur Hugo & Cie sort chaque année des bandes dessinées mais aussi des produits dérivés. Qui ne connait pas l’histoire du petit coin, cet album destiné à être lu au petit coin pendant une séance de « brainstorming » ? Ce type de produit semble être porteur puisque l’éditeur a décidé de diversifier les produits. Ils sont maintenant quatre pour l’année 2015 à savoir : Une histoire de petit coin par jour (la feuille du jour peut servir de papier de secours (minimaliste!) en cas de rupture de stock du papier WC), Joe Bar Team, un gag par jour, Simon’s cat (le chat de Simon), une bêtise par jour et enfin last but not least, Les lapins crétins, un Bwaah par jour ! Quel que soit l’endroit où ces éphémérides seront placées, c’est un petit moment de détente, une petite pose « sourire » pendant la journée à un prix démocratique. Un beau cadeau pas cher pour la fin de l’année. Chaque jour de l’année 2015, le lecteur pourra lire l’info, la petite devinette ou la blague du jour.

Dans le même style, proche de la BD, Hugo sort également des calendriers muraux 2015 (sortie le 25 septembre 2014). Il existe une déclinaison sur le thème des Simpson pour accompagner tous les amateurs toute l’année à raison d’un dessin par mois (prix 9,99€ également).

 

Capitol

LE CYCLE DE CYANN – tome 6 : Les aubes douces d’Aldalarann.

Cycle de Cyann, les aubes douces d'Aldalarann, Bourgeon, Lacroix, Glénat, 09/2014Cycle de Cyann, les aubes douces d'Aldalarann, Bourgeon, Lacroix, Glénat, 09/2014Dessin : François Bourgeon – Scénario : François Bourgeon et Claude Lacroix.

Editions Delcourt

Sortie : 17/09/2014

64 pages –cartonné

Prix conseillé : 15,95 €

ISBN : 9782756062853

Science-fiction.

 

Résumé (de l’éditeur) : À jamais chassée d’Olh, traquée par le Grand Orbe, anéantie par la mort de sa soeur, abandonnée par l’Entretemps, Cyann se découvre des ennemis qui l’aident et des amis qui la trahissent… ou bien, tout juste le contraire ! Aldalarann est une superbe planète mais, tout comme la vie, elle n’est pas sans pièges ! Cyann est-elle assez mûre pour tous les contourner ?

Cycle de Cyann, les aubes douces d'Aldalarann, Bourgeon, Lacroix, Glénat, 09/2014

« Ma vie est comme ce refuge, elle ressemble à un puits sans fond. Je flotte dans un vide entourée de fantômes. »

 

Mon avis : Dernier épisode du cycle de Cyann, conçu par François Bourgeon et Claude Lacroix, mis en forme et en image par François Bourgeon. Quelle longue marche que ce cycle au propre comme au figuré ! Le tome 1 est sorti en 2005 chez Casterman (2 tomes  plus un hors-série) puis la série passe chez Vents d’Ouest pour deux tomes également. Ensuite, c’est 12bis qui sort le tome 5 puis dépose le bilan. Enfin, Bourgeon retombe sur ses pattes chez Delcourt pour le tome 6 qui sort en septembre 2014. Il  conclut ainsi le cycle et 9 ans de péripéties…Bourgeon a eu du mal avec ses éditeurs, c’est bien connu.

Cycle de Cyann, les aubes douces d'Aldalarann, Bourgeon, Lacroix, Glénat, 09/2014

 

Je pense que ces aléas ont desservi la série et que les lecteurs ont souvent perdu le fil de la narration. La faute à des délais trop longs entre les parutions des différents tomes. Bourgeon n’a pas été épargné sur ce coup-là. Ce talentueux dessinateur et conteur y a perdu en lisibilité éditoriale et pas mal de lecteurs se sont découragés en cours de route.

Pour ma part, je me suis accroché à la série mais je ne cache pas que j’ai dû souvent reprendre les tomes précédents pour me remémorer les personnages, les différentes étapes du récit. En plus, pour moi, la science-fiction, c’est compliqué. Ce n’est pas spécialement mon style de bande dessinée préféré. C’est un genre qui me demande de la concentration lors de la lecture et j’y perds une partie de mon plaisir de lecture.

Cycle de Cyann, les aubes douces d'Aldalarann, Bourgeon, Lacroix, Glénat, 09/2014

Le dessin de Bourgeon est toujours aussi excellent tant au niveau des personnages que des décors. Par contre, j’ai trouvé le scénario de ce dernier tome un peu léger. C’est un peu comme San-Antonio pour le polar de gare. On disserte, on vagabonde, on va çà et là puis sur la fin du cycle, le scénariste se rend compte qu’il est temps de terminer l’histoire. Et on règle le sort des personnages en trois coups de cuillère à pot. Vite fait, bien fait. Tout finit bien, ils furent heureux et eurent un enfant. Merci d’être venu, l’histoire est finie…Toi lecteur, tu peux maintenant te barrer, il n’y a plus rien à lire.

D’où, au final, une certaine frustration de ma part. Ah, c’est moche… Pourtant, J’aime bien Bourgeon mais là, j’ai eu du mal à clore ce cycle qui m’a paru interminable.

 

Scénario :           6,0/10

Dessin :             8,0/10

Moyenne :           7,0/10

 

Capitol.

 

Cycle de Cyann, les aubes douces d'Aldalarann, Bourgeon, Lacroix, Glénat, 09/2014

 

LA COULEUR DE L’AIR.

La couleur de l'Air, Bilal, Casterman,10/2014.La couleur de l'Air, Bilal, Casterman,10/2014.Dessin & Scénario : Enki Bilal

Editions Casterman

Sortie : 22/10/2014

96 pages –cartonné

Prix conseillé : 18,00 €

ISBN : 9782203033

Science-fiction.

 

Résumé (de l’éditeur) : Dans un ciel sens dessus dessous ponctué d’immenses masses nuageuses aux allures menaçantes progresse le Zeppelin sinistré Garbage et son équipage incongru : un couple de passagers de hasard embarqués à Tanger, Anders Mikkeli et Esther Roblès, deux jumelles orphelines sujettes à de mystérieuses crises de citations littéraires, leur garde du corps et le cadavre démembré du pilote de l’appareil, suspendu à ce qui reste de sa nacelle détruite. Dans les soutes, un mélange de déchets nucléaires instables et d’armes atomiques en état de marche, indice probable des visées terroristes du Garbage. Balloté au gré de la violence des vents, ses équipements verrouillés sur navigateur automatique, l’aérostat semble totalement livré à lui-même, et pourtant… Pourtant quelque chose suggère qu’il y a peut-être là un dessein, une volonté, une direction. Car au même moment, nombre des personnages croisés au fil des deux précédents volumes de la trilogie – Ana et Lester, Bacon et son dauphin hybride, Julia, Roem et Lawrence, l’ex-aumônier militaire – se sont eux aussi mis en mouvement, comme mûs par un appel secret. Leur périple annonce-t-il le stade terminal du « coup de sang » planétaire ? S’agit-il des prémisses de la troisième guerre mondiale annoncée, qui mettra ainsi un point final à la crise environnementale généralisée ? Ou d’autre chose encore, divergeant de tout ce qu’on pouvait imaginer ?

 

La couleur de l'Air, Bilal, Casterman,10/2014.

« Le COUP DE SANG est le nom du dérèglement climatique brutal et généralisé qui s’est abattu sur la Terre »

 

Mon avis : « Après Animal’z et Julia et Roem, voici enfin le troisième volet de la trilogie évènement signée Enki Bilal. » Voilà comment l’éditeur Casterman introduit cet album qui est un événement de cette fin d’année 2014. Enki Bilal a une renommée extraordinaire tant dans le monde de la Bande Dessinée que dans le milieu de l’Art et des galeries. Sa côte explose, ses toiles s’arrachent déjà à des prix extraordinaires. Enki Bilal prend ce phénomène comme une reconnaissance mais aussi comme une assurance de pouvoir continuer ses projets éditoriaux et artistiques en toute indépendance.

La couleur de l'Air, Bilal, Casterman,10/2014.

Sombre, très sombre, cette histoire. Du moins au début car cet album porte très bien son titre : « La Couleur de l’Air ». Les premières planches sont monochromes. Un bleu foncé et monocorde. Enki Bilal a employé ce procédé des couleurs pour marquer le ras-le-bol de la Terre devant le comportement des hommes. La Terre a décidé de se nettoyer de ses scories, de se purifier. Il s’agit en quelque sorte d’une remise à zéro qui se veut spectaculaire. Mais au début de l’album, le lecteur et les personnages n’en savent rien. Il se passe un cataclysme mais personne ne connait le point d’arrivée, la fin de cette aventure. C’est en fin d’album que progressivement les couleurs vont revenir (Bilal a employé sur la fin de l’acrylique), je vous laisse la surprise de découvrir pourquoi…

 

La couleur de l'Air, Bilal, Casterman,10/2014.

 

On retrouve les personnages des deux premiers tomes de ce triptyque. De plus, dans un dirigeable nommé « Garbage » (déchets en anglais), on retrouve des personnages hétéroclites qui sont réellement dans une bombe nucléaire flottante, sans but réel, poussée par les vents et dépendante du soleil puisqu’il fonctionne également à l’énergie solaire. Mais, les nuages complotent pour priver le Zeppelin de son carburant…

 

La couleur de l'Air, Bilal, Casterman,10/2014.

 

Il s’agit d’une fable qui mêle l’écologie, la philosophie, une certaine prospective d’un monde futur dans un esprit de western, de bout du monde. Il y aussi une certaine quête, une progression vers de nouveaux horizons. Dans la plaquette de presse qui accompagne l’album, Enki Bilal déclare : « Il y a un grand écart entre le réel et l’absurde, et tout l’enjeu pour moi a été de faire passer l’un dans l’autre, de faire croire que tout cela se déroule effectivement dans une « réalité » à laquelle on puisse croire. » Enki Bilal met également en scène le personnage d’un homme qui est à la fois terroriste et cannibale. Il représente tout ce que les hommes peuvent avoir d’aspects négatifs et que la Terre ne veut plus voir. L’actualité de ces dernières semaines donne un nouvel éclairage et conforte le scénario.

 

La couleur de l'Air, Bilal, Casterman,10/2014.

 

Cet album de 96 pages demande de la part du lecteur un investissement personnel et une attention soutenue surtout en première partie de l’histoire. C’est les ténèbres et à la fois un ensemble de phrases de philosophes qui se rapportent au déroulement du récit et sortent de façon inexplicable via la bouche des passagers du dirigeable. Par la suite, le récit s’éclaire et la lecture devient du coup beaucoup plus fluide. Le dessin d’Enki Bilal est superbe et le scénario peut parfois paraître tarabiscoté mais il faut le prendre comme une fable pour les grands enfants que nous sommes parfois.Monumental.

 

Scénario :           8,0/10

Dessin :             8,0/10

Moyenne :           8,0/10

 

Lien vers le site internet de Casterman : ICI.

 

Capitol.

 

La couleur de l'Air, Bilal, Casterman,10/2014.

 

HELENA -Volume 1/2.

Héléna, Chabane, Jim, Grand Angle, 10/2014Héléna, Chabane, Jim, Grand Angle, 10/2014Dessin : Lounis Chabane – Scénario : Jim

Editions Grand Angle (Bamboo)

Sortie : 01/10/2014

76 pages –cartonné

Prix conseillé : 16,90 €

ISBN : 9782818931769

Roman, société.

 

Résumé (de l’éditeur) : Le jour de son mariage, Simon aperçoit Héléna sur la grande place de la mairie de Nice. Héléna, la beauté de sa classe quand il était enfant, son grand amour… celle qu’il aime depuis toujours et qui ne s’est jamais intéressée à lui. Entre eux, c’est juste un échange furtif, rien de plus. Mais un échange suffisant pour que Simon refuse de dire le petit « oui» durant la cérémonie de son propre mariage. Il aime Héléna, plus que tout. Et comme cet amour est unilatéral, lui vient une idée bien curieuse… Il lui propose de lui offrir 1000 euros, en échange de trois heures de sa présence tous les jeudis après-midi… 

Héléna, Chabane, Jim, Grand Angle, 10/2014

 

« Les relations amoureuses, c’est compliqué. Surtout quand l’un des deux ne veut pas. »

 

Mon avis : Grand Angle et Jim s’associent à nouveau pour nous sortir un nouveau diptyque consacré à une histoire entre un homme et une femme. Un couple ? Oui, mais pas n’importe lequel ! Simon était un amoureux transi de Héléna mais elle ne s’est jamais intéressée à lui. Il faut être deux pour s’aimer. Je vous renvoie au résumé de l’éditeur pour le « pitch ». Simon, le personnage principal va essayer de la conquérir par des moyens détournés, parfois pathétiques…Pas toujours évident l’amour quand on est timide et pas bien dans ses baskets, quand on n’est pas spécialement un Apollon.

Héléna, Chabane, Jim, Grand Angle, 10/2014

Jim se spécialise dans ce genre de récit. Des histoires sentimentales difficiles avec des couples atypiques, non officiels, parfois les jeux de l’amour et du hasard. On se rappellera « une nuit à Rome » ou « Où sont passés les grands jours? » qui sont de la même trempe. Des situations inextricables, fortes psychologiquement, qui débouchent parfois sur des drames, sur des gâchis au point de vue humain. Mais la force de Jim est de toujours trouver le petit élément qui permet à l’auteur de se démarquer d’autres scénarios très proches. Il parvient toujours en fin de récit à nous étonner, à trouver une porte de sortie qui mène à une réflexion en profondeur sur un fait divers, une situation, une petite lumière qui donne un espoir pour l’avenir.

Héléna, Chabane, Jim, Grand Angle, 10/2014

Le dessin reste toujours dans les mêmes tonalités. Les dessinateurs de services ont sous la direction de Jim le même style graphique, la même composition. J’ai été revoir après la lecture de l’album qui était le dessinateur car j’avais l’impression d’avoir le même dessin que celui de Jim lui-même lorsqu’il est au dessin. Ici, il s’agit  de Lounis Chabane (Golden cup,…). Il en est de même pour la couleur (réalisé par Delphine). Les couleurs sont dans la même charte graphique d’un album à l’autre. Les couleurs sont vives, éclatantes par moment.

Héléna, Chabane, Jim, Grand Angle, 10/2014

Au niveau du scénario, comme je l’ai dit, il y a quelques trouvailles. La fin de l’album met le doute dans l’esprit du lecteur. Par un tour de passe-passe, le lecteur se demande où il est réellement et avec qui…Je ne vais pas en dire plus pour ne pas dévoiler la totalité du récit mais cela laisse la porte ouverte pour le second tome à toute les possibilités.

Héléna, Chabane, Jim, Grand Angle, 10/2014

On ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec « une nuit à Rome » qui a été un succès en librairie. C’est différent et pourtant les points de convergence existent. Une très bonne entrée en matière, en attendant la suite…

 

Scénario :           8,0/10

Dessin :             8,0/10

Moyenne :           8,0/10

 

Lien vers le site internet de Grand Angle : ICI.

 

Capitol.

 

Héléna, Chabane, Jim, Grand Angle, 10/2014

 

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