Zurich 1916
Scénario : Bocquet
Dessin : Kent
Eiteur : DELCOURT
Collection : Encrages
224 pages
Sortie le 13 mai 2026
Genre : histoire de l’art et bande dessinée
En cent et quelques jours, en 1916 à Zurich, une troupe d’artistes investit le Cabaret Voltaire et brûle tous les codes du vieux monde. José-Louis Bocquet & Kent offrent le récit totalement inédit de la genèse du mouvement Dada et des révolutions artistiques contemporaines.
1916, au cÅ“ur d’une Europe en flammes, un groupe de jeunes artistes clament l’insoumission et la révolte des sens. Chaque soir Dada brûle tous les codes du vieux monde en un feu d’artifice artistique – chant, poésie, musique, peinture –. Depuis ce printemps 1916, dada aura irrigué toutes les formes de rébellion du XXe siècle, des surréalistes aux situationnistes, jusqu’aux punks. Dada est désormais un fait historique. L’aventure du cabaret Voltaire en est la genèse.
Bocquet choisit une approche résolument narrative : plutôt que de livrer un précis théorique sur Dada, il s’attache à suivre, presque au jour le jour, durant lesquels Hugo Ball, Emmy Hennings, Tristan Tzara, Marcel Janco, Hans Arp ou Sophie Taeuber investissent le Cabaret Voltaire et y brûlent « tous les codes du vieux monde ». Dans le contexte de la Première Guerre mondiale, Zurich est comme une sorte de refuge au cœur d’une « Europe en flammes ». Le scénario, entre pédagogie et incarnation, s’attache à faire exister les corps et les voix : les soirées de poésie sonore, les performances, les expérimentations visuelles sont racontées comme autant de petites scènes de théâtre où l’on entend presque la rumeur du public. La bande dessinée, par son côté pédagogique, ambitionne de transmettre des repères : filiation avec le surréalisme, échos futurs jusqu’aux situationnistes et aux punks, circulation des idées dans l’Europe du XXe siècle.

Graphiquement, Kent propose un parti pris, sans lourdeur documentaire : un univers bleu, par endroits étincelé d’éclats colorés, une dominante froide, constamment dynamitée par des surgissements chromatiques qui rappellent la violence du monde extérieur et l’exubérance des soirées dadaïstes. Lisibilité et élégance, secousses visuelles, donnent une porte d’entrée efficace à l’univers Dada, à son extrême radicalité et à ses ruptures formelles. La dimension didactique est assumée. La leçon est bien gérée, en multipliant des scènes de coulisses, les tensions entre les artistes, des moments de doute ou de fatigue. Les artistes dada y apparaissent comme une petite troupe en mouvement permanent : postures exagérées, attitudes cabossées, silhouettes souvent légèrement déformées pour marquer l’énergie des performances.
Cabaret Voltaire porte un regard contemporain sur Dada l’envisage plus comme patrimoine artistique que scandale. L’album réussit à conjuguer rigueur historique et sens du récit à travers une vision accessible mais respectueuse de la complexité du mouvement. Elle parlera autant aux amateurs d’histoire de l’art qu’aux lecteurs curieux de comprendre comment, de performances et de provocations, une poignée d’artistes a redessiné les contours de la modernité et laissé entrevoir le futur.
A lire ou relire sur le sujet : Lipstick Traces : Une histoire secrète du vingtième siècle, chef-d’Å“uvre du critique culturel et journaliste rock Greil Marcus.


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