Scénario et dessin : Bea DAVIES
Editeur : STEINKIS
208 pages
Sortie le 26 février 2026
Genre : roman graphique
Huit destins dans l’ombre de Fukushima?
Le 11 mars 2011, un puissant tsunami frappe le Japon et provoque la catastrophe de Fukushima, un accident nucléaire majeur et incontrôlé, un SUPER-GAU.
À des milliers de kilomètres de là, à Berlin, tout semble calme. Pourtant, huit personnes vont voir leur vie profondément affectée par cet événement lointain.
Leurs destins, sans lien apparent, vont peu à peu se croiser sous l’effet invisible du drame.
Bea Davies explore les résonances entre catastrophes mondiales et existences individuelles, montrant comment un raz-de-marée à l’autre bout du monde peut, silencieusement, bouleverser le cours d’une vie.
« Super Gau » de Bea Davies m’a donné l’impression d’un livre qui parle moins d’une catastrophe lointaine que de fragilité humaine. La catastrophe de Fukushima y résonne comme un écho qui traverse Berlin et infiltre les vies de personnages au bord d’une rupture. On referme l’album en ayant moins l’image de réacteurs noyés que le sentiment d’avoir partagé, brièvement, la solitude et les peurs de quelques inconnus croisés dans une grande ville.
Ce qui touche d’abord, ce sont ces existences qui se frôlent sans vraiment se rencontrer. On suit leurs gestes banals, les trajets en métro, les couloirs, les appartements exigus, et l’on sent la fatigue, la lassitude, parfois une colère sourde qui ne trouve pas le moyen de s’exprimer. La grande catastrophe, celle du 11 mars 2011, reste au second plan, sur les écrans, dans les conversations à demi‑mots, mais on devine qu’elle ravive des peurs : perdre un proche, perdre son toit, perdre pied. Cette manière de montrer comment un événement mondial vient se greffer sur des fragilités intimes m’a semblé particulièrement juste.

Graphiquement, le noir et blanc de Bea Davies dégage une tendresse triste. Les visages sont simples, mais expressifs ; un regard fuyant, une bouche crispée, un geste retenu se passent de dialogues. Les gris, les lavis, les silences donnent au livre une atmosphère un peu flottante, comme en fin de journée, quand la lumière se retire et que les pensées deviennent plus graves. C’est le cas dans certaines séquences muettes où la ville semble écraser les personnages, réduits à de petites silhouettes dans des plans larges.
A la fois chronique sociale, récit familial et réflexion sur les catastrophes, on sent dans cet album une autrice qui tâtonne, qui cherche à saisir quelque chose sur la peur, la famille, la précarité, en générant un malaise doux‑amer, mais aussi d’une forme de douceur fragile entre les personnages, une solidarité ténue.

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