Scénario et dessin : Christine MARI
Editeur : Delcourt
Collection : Waves
304 pages
Sortie le 22 janvier 2026
Genre : autobiographie
Christine s’est toujours sentie loin d’elle-même…
Mi-américaine, mi-japonaise, née à Tokyo mais élevée aux États-Unis, elle ne connaît que trop bien le sentiment de faire partie de deux mondes sans vraiment appartenir à chacun. A l’aube de l’âge adulte, Christine décide qu’il est temps pour elle de retourner à l’endroit qu’elle appelait autrefois sa « maison ». Elle embarque alors pour une année au Japon, convaincue qu’elle y sera enfin à sa place. Mais … la capitale japonaise est loin d’être la solution miracle qu’elle attendait. Au lieu de s’intégrer Christine se sent toujours plus seule, comme si appartenir à deux cultures l’isolait davantage. Est-ce que cette perte de repères l’amènera finalement à l’identité qu’elle cherche tant?
Dans Loin de moi, Christine Mari transforme un récit d’exil intérieur en roman graphique d’une grande justesse, où la quête d’identité se heurte à la réalité têtue des appartenances multiples. On suit Christine, née à Tokyo, élevée aux États-Unis, qui revient au Japon pour une année universitaire avec l’illusion qu’un simple changement de décor suffira à la « réparer ». Ce retour, loin de combler le manque, le démultiplie. Trop japonaise pour être l’Américaine exotique que l’on attend, trop occidentalisée pour être reconnue comme japonaise, elle se heurte à une identité que personne ne valide vraiment.

L’ouvrage avance à hauteur de sensations et de décalages minuscules, loin des tirades explicatives. Mari opte pour une narration où l’expérience prime sur les discours. Les scènes de solitude dans la foule tokyoïte, les échanges polis mais distants, les maladresses des uns et des autres dessinent ce sentiment d’« être de trop » partout. La douleur n’est jamais spectaculaire, elle s’infiltre dans le quotidien, dans les silences et les faux sourires.
Graphiquement, Loin de moi propose un trait simple qui s’accorde au ton introspectif. Les compositions insistent sur la petite silhouette de Christine noyée dans des décors urbains, ce qui matérialise visuellement la disproportion entre son désir d’appartenance et l’indifférence de l’environnement. Les cadrages jouent sur les espaces vides, les couloirs, les trains, les rues saturées de signes qu’elle ne parvient pas toujours à décoder , comme si le Japon qu’elle retrouve était devenu un territoire étranger dont elle ne possède plus les clefs.

Loin de moi s’inscrit dans la veine des récits graphiques intimistes qui interrogent l’entre-deux culturel et la construction de soi à l’âge adulte. Mari accepte finalement l’inconfort d’une identité plurielle qui ne se stabilise pas complètement. Le livre se lit comme l’apprentissage d’une cohabitation avec ses propres fractures. Faire de ce sentiment d’étrangeté à soi non pas une condamnation, mais un point de départ pour penser autrement ce que signifie « être chez soi » lorsqu’on appartient à plusieurs mondes sans se confondre avec aucun.

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