La Mécanique T.1

En moi le chaos

Scénariste : Kevan Stevens
Dessinateur : Jef
Editeur : Soleil
Genre : Anticipatif – Avant-gardiste
Sortie : le 15 janvier 2025

Avis de l’éditeur :

Dans une mégalopole au bord de la guerre civile, rongée par le crime, la technocratie et la dictature des écrans, le Blast, une drogue musicale de synthèse ultra puissante, provoque une hécatombe d’overdoses. La mafia se déchire, les technos lâchent leurs commandos, la population se soulève. Tous les rouages sont en place pour que s’enclenche une implacable mécanique.

Mon avis :

Dans un monde rivé par la démesure de quelques uns, accédant à toutes formes d’opulences dont certaines ne se justifient pas : la masse, la plèbe au grand nombre quant à elle, suffoque au sein d’immenses mégalopoles déstructurées de toute vie et d’espoir. Les super nantis s’élèvent dans leurs bunkers célestes ne daignant point porter leur regard sur les miséreux qui s’entrelacent tels des parasites peuplant les bas-fonds sociétaux.

Bienvenue dans la démesure empirique où seuls les mégalodons mégalomanes règnent et régissent leur univers comme ils l’envient.

Au sommet de cet éventail prismatique, le Major, un être énormissime tant en gloutonnerie de tout qu’en apparence, relié par des câblages métalliques à son fauteuil roulant à six roues. Il dirige d’une main de fer l’horizon de la méga cité œuvrant de connivence avec quatre entités du monde de l’ombre : la mocro-mafia robotique, les cartels de jeux et combats, la transformation biomécanique et les triades. Sans pour autant s’apprécier, ces groupes exercent leurs activités clandestines en suivant un accord de « principe ».

Le cœur du problème se nomme « Blast », une drogue de synthèse particulièrement virulente pour laquelle tout le monde, y compris les forces de l’ordre, cherche à en avoir la main mise absolue…

Nous y revoici une fois encore. Le tandem Kevan Stevens & Jef réitère un projet ambitieux, suite aux précédents Mezkal et Convoi. A la différence près, qu’au lieu d’un one shot, nous voici partis pour une trilogie. Mettez vos ceintures à triple blindages, on vous aura prévenu ! Ces deux artistes jonglent à l’unisson tant la folie omniprésente de leur récit régale, autant qu’elle suscite de vastes questionnements.

Il y a tant à dire bien que l’on va pointer l’essentiel, dans ce dédale de boulons mécaniques. Déjà, de par la complexité des protagonistes où l’on peut sans ménagement indiquer une bonne quinzaine de personnages au bas mot qui s’agiteront dans ce scénario à nous faire tourner cosaque. Un chef leader ultime, véritable caricature patibulaire narcissique qui dés l’instant où il parle, les gens prennent peur, s’étouffant dans leur misère. Puis, deux icônes qui ressurgissent : d’une part sa fille Safir qui joue un rôle prépondérant dans le trafic du Blast et un héros en costume cravate dopé jusqu’à la moelle épinière à cette drogue de synthèse.

Dans cette folie sans nom, tout rapprochement avec le monde de l’art se veut proscrit, si bien que les livres sont condamnables de peine de mort. Un premier parallèle se note avec le film Le Livre d’Eli avec Denzel Washington. Une kyrielle de références cinématographiques ne sont d’ailleurs pas en reste : on évolue clairement en plein cœur de Blade Runner et de Minority Report avec cette excentricité exotique de plateformes et navettes volantes à tout-va.

Le tout récent Mégalopolis de Coppola, bien que désastre total en dépit d’un casting luxurieux, voué aux abysses impalpables, se retrouve également au premier front de La Mécanique. Sans oublier comme le témoigne l’héroïne dont on ignore tout reprise en 1er plat de couverture et son bras à la Terminator de Cameron.

Et pourtant, l’équipe Stevens / Jef arbore un style propre à elle, comme personne n’a pu à ce jour le mettre en valeur. C’est du sang frais notamment par la beauté sidérale de la partie graphique, soulignée et appuyée par des décors astronomiques. Ici, Jef atteint son paroxysme esthétique. Le découpage est juste dingue, sans jamais réellement répéter les planches précédentes, offrant au lecteur une folie de tous les instants.

A la fois lunaire, visionnaire, anticipatif, avant-gardiste ; on se prend une raclée dans les gencives, bien qu’on ne saisisse pas grand-chose jusqu’à présent. (Qu’est-ce que ce serait sinon ?!) Entre réalité déformée par les substances, et cette énergie qui se consume à l’instar d’une clope d’une seule traite, on est véhiculé dans cette église du dernier rempart de l’Humanité avant sa destruction finale et définitive.

Voici une œuvre parfaite et maîtrisée qui rallie autant la BD Franco-belge au Comics à celui du Manga. C’est la fusion du Régulateur, des dingueries de Garth Ennis à Akira ; avec ces touches sexuelles robotisées ou humaines et un soupçon d’amour entre protagonistes à la clé.

Vu la proactivité des auteurs, il ne nous faudra sûrement pas patienter des lustres pour le deuxième opus, de quoi nous tenir en haleine en nous berçant nos papilles gustatives d’un opium tété à la grande chimère. Bref, l’année 2025 démarre en force, version cataclysmique impérial !

Coq de Combat

3 commentaires sur “La Mécanique T.1

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  1. Heureusement que Samba souhaitait des chroniques courtes et concises !… Je pense que celle-là aurait pu se résumer à ton extrait : « … bien qu’on ne saisisse pas grand-chose jusqu’à présent… » !🤣

  2. Un avis dithyrambique, je m’empresse de le mettre dans ses favoris mais pas partager par tout le monde (2.5 coeur chez BDgest) mais je fais toujours confiance à CDC ….pour faire de longue chronique !!! :-))))

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