La Forteresse Volante

Scénario : Lorenzo Palloni
Dessin : Miguel Vila
Éditeur : Sarbacane
Date de sortie : 3 janvier 2024
208 pages
Genre : Uchronie

« Vous serez les premiers mis en cause si quoi que ce soit tourne mal, et les premiers à en faire les frais. La sanction est toujours la même, mais elle peut être plus ou moins douloureuse. Bon faisons un peu de cinéma maintenant. »

Présentation de l’éditeur

Une nuit d’été de 1933, un mystérieux avion s’écrase près de Vergiate, dans la région de Varèse, laissant derrière lui une épaisse colonne de fumée rose et un meurtre non résolu. Mussolini en personne ordonne immédiatement que l’incident soit dissimulé et met en place un groupe secret de scientifiques pour enquêter sur l’objet volant non identifié. Personne n’a jamais vu ce modèle mais tout le monde, absolument tout le monde, a une opinion sur ce qui s’est passé : une arme secrète allemande, une technologie britannique, ou encore un avion américain… La vérité finit par s’imposer : il s’agit d’une technologie extraterrestre et l’apprivoiser permettrait enfin aux fascistes de dominer le monde.

Mais très vite, l’événement fuite et, partisans italiens, Nazis et Américains commencent à s’y intéresser de près. Un tourbillon d’espionnage international se met en branle alors que la Seconde Guerre mondiale est sur le point d’éclater…

Mon avis

Une histoire d’ovnis dans l’Italie fasciste des années 30, voilà ce que nous offrent Lorenzo Palloni et Miguel Vila dans une BD qui est elle-même un ovni graphique. Le rose plus ou moins pâle domine dans une histoire très sombre qui, si elle semble très simple initialement, se complexifie au fil des pages. Parlons justement des pages. Miguel Vila s’amuse à découper ses planches en de multiples vignettes, semblant décomposer minutieusement les mouvements et les actions, comme s’il utilisait de la pellicule cinématographique. Certaines cases ne font pas plus de 2cm, on plisse alors les yeux pour voir apparaitre un détail parfois éclairant pour comprendre une intrigue qui s’entre-mêle. Le dessinateur joue avec ces successions d’images qu’il répartit sur de grands espaces blancs, semblant jouer avec notre regard, notre acuité visuelle. Mais c’est notre sens de la déduction qui est avant tout sollicité car les sous-entendus et les non-dits sont nombreux.

La science-fiction devient finalement secondaire, le récit se centrant sur les rapports entre les personnages et les jeux de pouvoirs. Les références à l’Italie de Mussolini sont nombreuses et ne m’ont pas aidé à aborder un scénario qui devient confus et parfois difficilement lisible, au sens propre comme au sens figuré. C’est bien dommage car l’uchronie fonctionne plutôt correctement et la course à la technologie extra-terrestre bat son plein dans un contexte militaire en tension, à la veille de la seconde guerre mondiale. Mais entre aliens et silhouettes fantomatiques la réalité se noie un peu dans la brume et la tension, si elle monte crescendo, ne m’a pas semblé palpable, noyée dans les cas de conscience de chacun des personnages tous aussi (volontairement?) laids les uns que les autres.

La forteresse volante est remarquable par sa mise en page peu commune mais peine à maintenir un rythme narratif soutenu et à proposer un scénario accessible. Les cases se multiplient, comme un étalage de cartes à jouer, mais celles-ci se mélangent et font de la lecture de cet album un moment à la fois visuellement original et laborieux.

Petitgolem

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