ELI LIN – ROSETTA T1 : La soliste du temps.

Auteur : Eli Lin
Editeur : MAHÔ
129 pages
Date de sortie : 25 avril 2025
Genre : drame fantastique

 » On dit que les vieux objets renferment des souvenirs inoubliables. « 

Résumé de l’éditeur

Dans les ruelles pittoresques de la ville de Tainan se cache une mystérieuse antiquaire, Rosetta. Elle aurait le don de plonger dans la vie antérieure des antiquités qu’on lui confie.

Entre émotions indélébiles et réminiscences, les âmes de ces reliques du passé continuent d’imprégner le présent…

Mon avis

Je n’avais encore jamais entendu parler d’Eli Lin. Pourtant, cette autrice taïwanaise a été nominée à plusieurs reprises au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, notamment dans les catégories FIBD Challenge et Jeune Talent.

Illustratrice et dessinatrice de bandes dessinées, elle est diplômée en mode et en animation. Elle a également travaillé comme scénariste pour des séries animées diffusées sur la chaîne de télévision publique taïwanaise.

Passionnée d’animation, de mode et d’histoire, elle vient d’une famille de tailleurs sur mesure. Ce lien avec l’industrie du vêtement se reflète dans son  œuvre : les costumes y tiennent une place essentielle, participant pleinement à la construction visuelle et symbolique de ses récits.

Dans Rosetta, on suit une femme mystérieuse capable de voyager dans le temps et l’espace grâce aux objets qu’elle touche. Ma première impression : la couverture est superbe. Mais Rosetta n’est pas une bande dessinée comme les autres pour différentes raisons. 

D’abord, elle mêle habilement fantastique et thématiques psychologiques profondes — le suicide, le désir, la jalousie, le refoulement — dans une structure narrative singulière. 

Ensuite, l’album alterne brillamment dessins en noir et blanc et éclats de couleurs vives. Les teintes vibrantes et élégantes surgissent parfois sur une page entière, parfois pour illuminer un détail ou un personnage. Ce jeu de lumière et d’ombre crée une véritable tension poétique, met en valeur certains éléments du récit, accentue les contrastes, les atmosphères, les émotions, le sens naissant autant des silences que des mots.

Les variations de styles peuvent, de prime abord, dérouter. Le dessin se transforme sans cesse, oscillant entre naïveté crayonnée et sophistication graphique. Pourtant, de cette instabilité naît une beauté en mouvement, une poésie visuelle rare. Les lignes, fluides et délicates, en perpétuelle métamorphose, traduisent à merveille les changements dans l’évolution du récit. Le découpage, quant à lui, s’affranchit des cadres traditionnels et insuffle un rythme singulier à la lecture.

Le scénario, non linéaire, intrigue. Certains y verront une certaine lenteur, voire un manque de dynamisme par moments. Mais la richesse des détails, les références à la culture taïwanaise et la subtilité du traitement psychologique compensent largement ce ressenti. Les silences, l’absence de texte sur plusieurs pages, offrent à la narration un souffle presque cinématographique.

Loin d’un style manga classique ou de la BD franco-belge, Rosetta s’impose comme une œuvre poétique, troublante et profondément originale. Elle renouvelle notre regard sur la bande dessinée taïwanaise. Eli Lin témoigne d’une sensibilité particulière, par un récit audacieux.

Une belle découverte.

DenSi

https://elilin.carrd.co/

3 commentaires sur “ELI LIN – ROSETTA T1 : La soliste du temps.

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