Auteur : Alberto M.C.
Éditeur : Sarbacane
152 pages
Date de sortie : 2 avril 2025
Genre : roman graphique, tranche de vie, ésotérique.
« Pour qu’il ne vous arrive rien, il vous faudra me céder quelque chose. »
Présentation de l’éditeur :
Le récit de la résistance par l’imaginaire d’une enfance enfermée au sein d’une famille-prison, aux puissantes évocations…
“Chut, surtout ne faites pas de bruit…”
Inès vit quasi recluse dans son appartement avec ses deux petites filles, Agueda et Rosita, qu’elle a eues hors mariage. Une fille mère : si jamais cela se sait, elle en est sûre, on les lui enlèvera! Elle se méfie surtout de sa terrifiante voisine, Apolonia, vieille veuve acariâtre, perverse et bigote. Pendant que ses fillettes s’inventent des histoires, Inès disparaît à la nuit tombante dans les rues glacées de la ville…

Mon avis :
La vie est rude en Espagne, au début du XXe siècle, d’autant plus pour Inès qui doit non seulement survivre pour elle-même, mais également pour ses filles qu’elle cache dans son appartement, telles un secret inavouable sous peine de se les faire enlever. Elle fait pourtant preuve d’une résilience incroyable en éduquant ses enfants le jour et ramenant un maigre revenu lorsqu’elle rentre à l’aube. Une force incroyable qui la rend d’autant plus humaine, alors que le trait d’Alberto M.C. est comme dicté par l’onirisme des contes que les jeunes Agueda et Rosita connaissent presque par cœur.
On imagine sans peine la vie de cette femme qui cache son malheur dans le drapé de son châle qui ressemble au papillon de nuit “Saturnia”. Le soir venu, quand les petites sont couchées, elle devient la mite dans les rues de la ville, tout comme Ezequiel devient Clavel de Luna dans le cabaret où il se travestit. Livrées à elles-même le matin, quand leur mère dort, les deux fillettes imaginent également ce qui se cache derrière les visages sans noms des passants dans la rue, qu’elles épient discrètement du haut de leur balcon. Sont-ils des princes, des sorcières ? Allez savoir…
Un peu à l’instar de ces demoiselles cachées dans leur tour d’ivoire, le lecteur imagine la vie de ces quidams qui traversent leur vie, tantôt de près tantôt de loin. On se perd également à reconnaître une inspiration pour une planche, une case, comme l’art nouveau dans lequel Clavel est éblouissant. Inès qui devient l’espace d’un instant l’Ophélie de Millais et tous ces papillons qui volettent encore et toujours comme un lien entre les générations qui se succèdent dans cet appartement espagnol… Alors on aime ou on n’aime pas, mais impossible de ne pas convenir du talent graphique de l’auteur ; de la poésie de son scénario et de la tournure des événements un brin inattendu, surprenant et audacieux. Enjoy ~
ShayHlyn.







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