Les Fils d’El Topo T3

Scénariste : Alejandro Jodorowsky
Dessinateur : José Ladrönn
Editeur : Glénat
Genre : Western
Sortie : le 26 octobre 2022

Avis de l’éditeur :

Alors qu’Abel sillonne l’Ouest aride en compagnie de Lilith et se plie à ses extravagants désirs, ils tombent aux mains des hommes du terrible Colonel. Ce dernier veut assouvir sa colère et leur infliger un châtiment impitoyable avant de reprendre la route vers l’île Sainte et ses menhirs d’or… Pendant ce temps, Cain qui s’est lancé dans une quête désespérée pour guérir une jeune fille d’un mal étrange, réalise que l’unique espoir de la sauver se trouve aussi sur l’île Sainte !

Mon avis :

Durant les années 70, tandis que de nombreux réalisateurs jouissent de carte blanche à montrer « l’interdit » sous toutes ses formes, entre Messes Sataniques, films de nazi -exploitations ou Giallo sanguinaires, un certain El Topo voit le jour, mais se retrouve interdit de diffusion dans les salles classiques de cinéma, jugé offensant, ultra-violent et immoral aux codes de conduite connus.

Bien que l’œuvre signée Jodorowsky devint des années plus tard, un incontournable du genre, la suite tant espérée ne verra jamais le jour, à mille lieux du conformisme hollywoodien.

En 2016, l’artiste franco-chilien tente l’impensable : donner vie aux fils d’El Topo au travers d’une trilogie parue aux éditions Glénat, dont voici pour couronnement le dernier acte.

Les fils d-el topo_T03_Alejandr Jodorowsky_Jose Ladronn_Glenat_Western_extrait

Les cristaux de sang, ces rubis inestimables servent de monnaie d’échange à Abel, lors d’un troc dans un saloon de l’ouest, afin d’obtenir un peu de pain, un bout de fromage et une bouteille de vin. Une fringale destinée à sa maitresse Lilith, qui une fois abreuvée et rassasiée, s’enquiert des derniers diamants d’Abel, lui aspirant sa virginité.

De nouveau en route, ils s’égarent vers le Temple Casino, dans l’espoir d’y faire fortune. Un à un, tous les diamants misés par la belle mais sauvage Lilith l’éloigne de la richesse, tant et si bien, qu’il ne lui reste rien à jouer. De par son aspect provocante et désirable, des prêtres lui proposent de miser et offrir le cœur de la mère décédée du pauvre moine guérisseur qui l’accompagne.

Leur seule réussite se nomme : la poisse ! Car l’arrivée du Colonel, clouera définitivement leur bec à tous les deux…

Lorsqu’on s’aventure le temps d’un récit d’une BD Franco-belge ou à parts égales pour l’un des longs métrages de Jodoroswky, l’espace-temps tel qu’on le connaît semble s’arrêter, voire se prolonger, de par l’impact visuel orchestré. Chaque œuvre, à la fois distincte l’une de l’autre, se regroupe, s’emboîte ou s’articule à sa guise. La mécanique s’entremêle, fusionnant le corps à l’esprit dans un récital orgasmique, témoignant de la dureté mais également de la beauté du paysage, quelque part offert en pâture à nos yeux, contemplatifs d’un univers folklorique et artistiquement haut en teneur.

A l’instar d’un excellent vin, le mets proposé se déguste à sa juste valeur, encore faut-il toutefois, pénétrer dans ce chaos torturé de la chair. Car oui, les œuvres abracadabrantes de Jodo réclament et témoignent de chair, sous toutes leurs formes et justifient à quel point, « La chair est faible ». Parfois entre beauté et laideur, la segmentation se veut à peine visible, le territoire frontalier les associant tels des amants de l’éternité. Il en va de même pour les croyances mystiques et religieuses,  l’incarnation du bien et de son rival de toujours, presque unis mains dans la main, le temps d’une union, avec pour seule ambition de se torturer l’un l’autre dans un torrent d’expiations.

Ce dernier opus des Fils d’El Topo témoignent de ce fait, certes racoleur, provocateur, indéniablement offusquant pour 2022, bien d’avantage comparativement avec les mœurs étouffés des années 70 et 80, où quasiment tout se voyait propulsé au cinéma. A 93 ans, Jodorowsky démontre sa soif de perdurer dans le temps et le cosmos, tel un combattant assoiffé de parcourir les âges, tout en conservant sa marque de fabrique propre à lui.

Souvent, le lectorat l’admire, le plaçant sur le piédestal des géants, tandis que d’autres, intrigués mais désabusés ne parviennent pas à en quérir le charme de ses œuvres. N’oublions cependant pas son acolyte, José Ladrönn qui nous livre ici une réelle bataille sur tous les fronts. Un trait mature, dur, poussiéreux, provocant également. Des protagonistes aux gueules faites sur mesure, vulgaires mais ténébreux, conçus aux diapason pour une trame de même acabit.

Un grand bonheur de lecture visuel qui s’impose à la lisière de la BD et du cinéma. Un cri boulimique suintant des tréfonds de la terre, caressant notre imagination purifiée par delà nos sens.

Coq de Combat

2 commentaires sur “Les Fils d’El Topo T3

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  1. J’avais été attiré par les magnifiques dessins de Ladrönn sur le T1, mais avais abandonné la suite , perdu par le scénar du fantasque et délirant Jodo !

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