Quatorze Juillet

Scénario : Martin Quenehen
Illustrations : Bastien Vivès
Éditeur : Casterman
256 pages
Date de sortie : 11 mars 2020
Genre : Polar

Qui d’entre-nous, de passage à Pétaouschnock, n’est jamais tombé sur des piliers de comptoirs en train de disserter sur les piteux résultats des français à Roland Garros ou à l’Eurovision ?

Présentation de l’éditeur

Quand Jimmy, un jeune gendarme, rencontre Vincent, un peintre qui vient de perde sa femme dans un attentat, il décide de les prendre, sa fille Lisa et lui, sous son aile. Mais peut-on sauver les gens malgré eux ? Et dans quelle mesure est-il forcément juste de vouloir jouer les justiciers ?
Dans ce polar contemporain, Bastien Vivès et Martin Quenehen dressent le portrait de personnages déboussolés qui cherchent à donner un sens à leur existence dans une France traumatisée, à la fois paranoïaque et divisée.

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Mon avis

C’est assez rare, mais je dois vous dire que je ne sais absolument pas quoi penser de cette BD. Serait-ce l’âge qui me fait devenir trop manichéen pour apprécier les nuances d’un tel scénario ? Je ne sais pas… Ce que je sais, en revanche, c’est que j’ai globalement apprécié la lecture de ce polar mais sur l’instant seulement. Car plus j’y pense et moins je suis convaincu.

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Les auteurs nous présentent une victime collatérale d’attentat, Vincent (sa femme est morte dans l’attaque d’un magasin) qui, pour se venger, planifie à son tour un attentat, aveugle également puisque les personnes visées sont l’entourage supposé de certains des auteurs de l’attentat en question. Mais le décalage entre le physique chétif de Vincent (à la Houellebecq, dixit Bastien Vivès lui-même) et son projet fait que je n’y crois pas vraiment… Non pas que je ne m’identifie pas au personnage dans son désir de vengeance bien compréhensible, même si ce n’est probablement pas une solution pour espérer aller mieux, mais tout simplement parce que depuis un certain temps qu’il y a des attentats en France, je ne crois pas qu’on n’ait jamais vu ou entendu parler de gestes pareils. Ainsi, tout le sujet du livre qui semble être de démontrer qu’une victime peut devenir bourreau, et réciproquement, tombe un peu à l’eau (pour moi en tout cas) avec ce premier protagoniste.

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Ensuite, concernant le gendarme, Jimmy, c’est un peu différent. Son caractère droit et déterminé de justicier dans l’âme le pousse à sortir du cadre légal et même éthique et faire ainsi passer ses propres valeurs au-dessus de l’uniforme. On peut effectivement le juger, estimer qu’il a tort de couvrir Vincent, mais on peut aussi apprécier qu’il aille au bout de sa logique. D’ailleurs, contrairement aux commentaires que j’ai pu lire ici ou là, il ne me semble pas que son personnage soit raciste. Certains de ses collègues, peut-être, mais lui semble au-dessus de ça… En tout cas, je l’espère, sinon, c’est effectivement une autre histoire, et bien plus glauque cette fois… Pour autant, il est intéressant de voir à quel point la perception d’un tel personnage peut être différente d’un lecteur à l’autre… Je suis à peu près convaincu que certains verront en Jimmy un flic facho, le nazi quoi, et que d’autre verront en lui le bon gars de la campagne, bien élevé, un peu zélé certes, mais surtout sérieux et discipliné, dont on a besoin pour maintenir l’ordre dans une société…

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Enfin, pour ce qui est de cette France profonde, « des territoires » comme on dit aujourd’hui, c’est un peu pareil… Je trouve cela assez facile de la caricaturer. Qui d’entre-nous, de passage à Pétaouschnock, n’est jamais tombé sur des piliers de comptoirs en train de disserter sur les piteux résultats des français à Roland Garros ou à l’Eurovision, sur les derniers exploits des crétins régionaux des émissions de télé-réalité, sur les privilèges inacceptables de ces « feignasses de fonctionnaires » ou encore sur les méfaits de l’immigration, et, plus généralement, en train de prôner le rejet de tout ce qui se trouve à l’extérieur d’un rayon de 5Km à partir du bistrot ? A côté de ça, moi qui ai eu la joie de parcourir le pays en long en large et en travers avec mon groupe de musique, je peux vous affirmer que dans tous les coins de France on rencontre également des gens formidables, ouverts, accueillants, cultivés, humains quoi, et qui font vivre leurs « territoires » bien plus honorablement que les premiers cités… Bref, la vision de Quenehen me semble à la fois trop sélective, trop attendue et donc un peu biaisée…

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C’est d’ailleurs assez dommage car, pour le reste, comme je vous le disais, la lecture de cet ouvrage est plutôt agréable. On se laisse facilement prendre par la narration de cette histoire. J’apprécie également cette façon de voir la vie plus en nuances qu’en contrastes. Malheureusement, certains sujets sont devenus tellement sensibles qu’il est très difficile, voire même impossible, de les aborder sans qu’on puisse y voir une prise de position plus ou moins marquée dans un sens ou dans l’autre, ce qui, évidemment, est très (trop) souvent reproché à l’auteur…

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Et puis sinon, il reste le dessin de Bastien Vivès, toujours aussi juste et précis, parfaitement raccord avec le sujet…

Pour tout vous dire, le mieux à faire reste sûrement de le lire et vous faire votre propre opinion sur le sujet… N’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé.

Odradek

4 commentaires sur “Quatorze Juillet

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      1. Je me souvenais avoir vu en effet un com bizarre… dont j’ai oublié de te parler car je n’osais pas le supprimer !🙄

        Aimé par 1 personne

  1. Sujet sensible en effet comme tu le dis dans ta conclusion « … qu’il est très difficile, voire même impossible, de les aborder sans qu’on puisse y voir une prise de position plus ou moins marquée dans un sens ou dans l’autre… »
    Contrairement à certain😉, j’ai bien aimé ce polar sans me poser trop de questions car j’ai trouvé les personnages crédibles : Vincent le veuf dépité et sa rancœur qui se sent responsable ou Jimmy le gendarme intègre qui culpabilise aussi sur la mort de son père et qui ressent de l’empathie pour Vincent. Pareil pour Lisa l’ado et la gendarmette éconduite par Jimmy et tous les personnages secondaires dont la mentalité est représentative de la moyenne.
    Quant à l’efficience du graphisme souple de Vivès, c’est bluffant !👍
    Bref, j’ai passé un bon moment d’émotion dont la fin ouverte sauve la moralité du fait divers. (même note).

    Aimé par 1 personne

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